Alter Chester n°3 : La dynamite et la pensée.

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Publié le 22 novembre 2015 1 commentaire

« La dynamite se répand et ne tue que parce qu’elle se répand. La pensée aussi ne détruit que parce qu’elle se répand. Le cerveau est une bombe. »

Le Nommé Jeudi, p. 101.

Depuis une semaine, ces mots écrits par Chesterton dans Le Nommé Jeudi résonnent avec un écho particulier. La dynamite s’est répandue dans notre pays. Mais la pensée, elle, se répand-elle ?

En lisant et en relisant Chesterton, je suis de plus en plus convaincue que nous devons répondre à la violence de la dynamite par la violence de la pensée. Non pas une pensée qui incite à la violence ou qui développe une idéologie violente, mais une pensée qui est violente car elle fait sauter les idées préconçues et les idéologies figées. Une pensée violente car elle nous dérange profondément et remet en question nos modes de vie et nos habitudes de pensée. Mais cette pensée ne peut être véritablement violente que si elle se répand, comme le rappelle le personnage de Chesterton qui prononce ces phrases. Et justement, elle est en train de se répandre.

Cette pensée qui se répand, c’est une pensée qui dynamite les vieux paradigmes, notamment celui qui oppose le capitalisme au communisme. Dans le contexte post-13/11, c’est le paradigme entre l’hédonisme érigé en valeur républicaine et l’islamophobie rampante de ceux qui « nous avaient pourtant prévenus ». Cette pensée qui se répand, c’est celle qui refuse de se limiter à boire des verres en terrasse, à aller au concert, à écouter la playlist « Peace » de Spotify créée pour l’occasion, à se consoler en consommant… Cette pensée qui se répand, c’est aussi celle qui refuse de se soumettre gentiment à tout ce que peut entraîner « l’état d’urgence », de croire que l’unique solution consiste à bombarder les camps d’entraînement de Daesh et à fermer les frontières.

C’est parce que « tout est lié » qu’il y a beaucoup de nœuds. Il est si facile de catégoriser, de dresser des oppositions. Notre cerveau aime mettre les choses, et les gens, dans des cases. Mais si l’on veut se donner la peine de vraiment penser, c’est-à-dire de penser en vérité, alors, il faut faire un effort pour penser malgré les nœuds, sans chercher à les défaire mais plutôt en essayant de comprendre quel fil est noué avec quel autre fil. Cet effort est difficile : il nous demande de nous faire violence. Mais c’est un effort salutaire.

« La dynamite se répand et ne tue que parce qu’elle se répand. La pensée aussi ne détruit que parce qu’elle se répand. » Oui, la dynamite tue, elle marque un point d’arrêt. La pensée ne tue pas ; elle détruit mais – j’ai envie d’ajouter – elle détruit pour pouvoir ensuite reconstruire.

Sommes-nous prêts à nous faire violence ? Sommes-nous prêts à penser de sorte que notre pensée se répande ? La pensée peut-elle l’emporter contre la dynamite dans la guerre dans laquelle nous semblons être engagés ? Je n’ai pas la réponse à cette dernière question, mais c’est mon espérance de croire que oui.

Myriam
Auteur : Myriam
Agrégée d'anglais et doctorante. Vice-présidente des Altercathos, responsable du programme culturel.
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Une réflexion sur “ Alter Chester n°3 : La dynamite et la pensée. ”

  1. le bon sens pourrait être un commun dénominateur à toute tentative de résolution de nos problèmes. Il n’est pas partagé par beaucoup.

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