La miséricorde pour tous ?

Dans ses nouvelles policières[1], Gilbert Keith Chesterton met en scène un détective qui n’est pas tout à fait comme les autres. Le Père Brown, qui donne son nom aux nouvelles, est ce détective qui a l’art d’épouser l’âme du criminel, de le pénétrer afin de l’identifier et de le démasquer. La singularité de ce prêtre-détective est qu’il ne cherche pas à punir ni à juger – ce n’est pas son rôle et il ne le fait pas – mais à pardonner et à convertir. Ce que Chesterton nous donne à voir dans ses récits policiers, c’est la dimension humaine du péché face à l’infinie miséricorde divine. Le « secret » de la méthode du Père Brown repose dans sa conscience qu’en tant qu’homme, il est capable du bien comme du mal, en dépit de son ministère sacerdotal : il parvient à éluder l’identité du criminel car il est ce criminel en puissance (mais lui, ne passe pas à l’acte). Le Père Brown peut faire le mal, mais il ne le fait pas. Il peut pardonner les péchés au nom de Jésus Christ et il le fait. Il pardonne leurs péchés à tous les criminels qu’il démasque, ou plutôt, il offre ce pardon divin à tous les criminels qui sont libres de le recevoir ou de le refuser. Ainsi, le voleur récidiviste Flambeau finit par accepter ce pardon et par se convertir à la foi catholique après plusieurs dialogues avec le Père Brown.

Au-delà de cette anecdote littéraire, c’est la question de la miséricorde qui se pose. Non pas une miséricorde réservée à nos « petits » péchés de catholiques pratiquants bien rangés, mais une miséricorde « pour tous » : pour ceux qui ont volé, tué, violé ou commis toute autre sorte de crimes ou délits plus ou moins graves. On nous pose souvent la question de savoir si nous croyons vraiment en la miséricorde de Dieu pour nos propres péchés, mais on peut aussi se poser cette question : croyons-nous vraiment à la miséricorde infinie de Dieu pour les autres, pour ceux qui ont péché contre nous et contre nos frères ? C’est pourtant ce que nous affirmons dans le Credo ou encore dans le Notre Père (dans lequel nous affirmons aussi pardonner, nous-mêmes, les péchés de ceux qui nous ont offensés). Si nous y croyons bien souvent en pensée, y croyons-nous en parole et en acte ?

Il est si facile, aujourd’hui, sur Twitter, Facebook ou ailleurs, de juger et de condamner (même inconsciemment) nos « adversaires » qui ne manquent pas, eux non plus, de nous juger et de nous condamner. Pourtant, il existe des initiatives qui tentent d’éviter cet écueil. Je pense en particulier aux prières politiques qui se sont multipliées ces derniers mois, comme celles proposées par les Alternatives Catholiques. Il s’agit de confier à nos prières les acteurs de la vie politique qui avancent sur un chemin que nous, catholiques, croyons être un chemin pavés d’erreurs, un chemin de mort, mais sans les considérer comme étant des « ennemis », des « adversaires » à abattre. La prière, donc, pour éviter le jugement et la condamnation, pour apaiser les rancœurs et la colère. Tout cela est très bien. Mais comment vivons-nous ces temps de prière ? Croyons-nous vraiment, dans le fond de notre cœur, que nos prières peuvent changer les choses ? Espérons-nous sincèrement la conversion du cœur de ces hommes et de ces femmes politiques ? Sommes-nous réellement prêts à pardonner leurs offenses s’ils se convertissent, et surtout, croyons-nous que, s’il plait à Dieu, ils seront pardonnés un jour ? Il est fort probable que si nous participons à ces prières politiques, nous voulons y croire, nous voulons avoir cette espérance. Mais sommes-nous sincères ? Et le sommes-nous aussi après la prière politique, une fois rentrés chez nous et de retour dans notre quotidien ? Et quand je dis « nous », je m’inclus tout à fait.

Certes, nous ne sommes pas parfaits, nous ne sommes pas Dieu. Notre miséricorde n’est pas infinie et, évidemment, nous ne pardonnons pas toujours et nous jugeons souvent. Pourtant, il est bon de se rappeler le sermon sur la montagne de Jésus : « Montrez-vous compatissants, comme votre Père est compatissant. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés ; remettez, et il vous sera remis. » (Luc 6, 36-37)

Certes, nous avons été envoyés pour témoignez de la Bonne Nouvelle et montrer le chemin de la Vérité, mais nous n’avons pas été envoyés pour juger ni condamner. Essayons donc de nous rappeler le sermon sur la montagne et de nous inspirer de la figure du Père Brown lorsque nous twittons, postons sur Facebook ou conversons tout simplement dans le monde réel. Si notre capacité à pardonner n’est en effet pas infinie, puisque nous sommes, par définition, des êtres finis, limités, nous avons cependant la capacité d’espérer et de croire en la miséricorde de Dieu « pour tous », y compris, et surtout, pour ceux dont nous n’arrivons pas à pardonner les offenses.

Changeons donc nos attitudes. Espérons et croyons en la miséricorde divine pour tous[2] !

  [1]Je vous recommande la lecture, en français, des Enquêtes du Père Brown, édition Omnibus (2008) ou, en anglais, de The Complete Father Brown Stories, édition Penguin Classics (2012). [2]Sans pour autant vivre dans le monde des Bisounours ! La miséricorde est un don de Dieu qui demande à être reçu et accepté.  


Article de Myriam, Adhérente des Alternatives Catholiques :

miriameTwitter : @veilleusemobile

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