7 arguments républicains contre l’euthanasie.

CONTRE L’ASSISTANCE AU SUICIDE, LE PROGRÈS DE L ASSISTANCE SOCIALE.

 Une réponse courte à Jean-Luc Romero, Monsieur le Président, laissez-nous notre ultime liberté.

Jean-Luc Romero dans Monsieur le Président  présente son combat pour l’assistance au suicide (« euthanasie ») comme une lutte des « laïques » (p.46) contre les obscurantistes religieux (47, 48, 54, 60). Il est temps d’affirmer au contraire tout ce que cette proposition a d’antirépublicain. Jean-Luc Romero se moque des arguments qui démontrent les dérives de l’assistance au suicide. Il a raison. C’est l’assistance au suicide qui est une dérive en elle-même, une dérive antirépublicaine.

Une loi liberticide 

  • Pour le malade, puisque le moment où il formule le désir de mourir l’emporte de manière irréversible sur tous les autres moments où il affirmait sa volonté de vivre. Or le désir de mourir ne doit pas primer sur la volonté de vivre.
  • Pour les proches du défunt, puisque tous ne peuvent pas consentir au suicide de l’être aimé. Et ceux à qui on demanderait de consentir à cette assistance au suicide subiraient une responsabilité excessive.
  • Pour le système médical, car même si Jean-Luc Romero imagine une liste départementale de médecins volontaires, le système médical devra répondre à la demande de mort de certains patients. Et même celui qui ne voudrait pas tuer son patient devra « en deux jours »[1] trouver un autre médecin, dit Jean-Luc Romero en annexe. Cela suppose la destruction du lien entre le soignant et le patient, pour une relation de demande à prestataire.
  • Pour l’Etat, car ce qui est demandé est bien la mise en place d’un service public d’assistance au suicide, avec ses propres normes, ses propres contraintes, et ses impôts[2].

Contre ces quatre aspects liberticides de la loi, il faut réaffirmer une liberté républicaine, qui s’arrête où commence celle d’autrui. Parce que l’euthanasie n’est pas simplement un suicide, mais un suicide assisté elle engage aussi la liberté de tiers, les proches, les soignants, mais plus largement le service publique de soins, dont l’euthanasie exigerait une mutation profonde de sa vocation à soigner sans condition vers une pratique libérale de réponse à n’importe quel demande de ses « clients ». 

 Une loi fondamentalement inégalitaire 

  • JL Romero veut une loi pour encadrer les dérives : l’assistance au suicide sera donc soumise à condition. Cela présuppose une discrimination entre deux types de citoyens, les euthanasiables et ceux qui conservent une dignité qui exige qu’on préserve leur vie à tout prix. Le système médical aurait donc à faire avec deux types de patients, ceux que l’on peut suicider, et ceux qu’il faut soigner à tout prix. C’est une discrimination inacceptable, contre laquelle il faut réaffirmer l’universalité du principe d’égalité, y compris dans les soins médicaux.
  • Face à la précarité du système médical, l’assistance au suicide n’est pas la solution ! Bien des patients, et surtout des personnes pauvres, subissent en raison du délitement des services publics des fins de vie indécentes. Mais contre ces situations, l’assistance au suicide ne peut pas être la solution ! Le vrai progrès consiste au contraire dans une amélioration des services gériatriques et des soins palliatifs, mais aussi des différentes formes d’assistance sociale. L’hypocrisie, c’est d’accepter que des milliers de personnes souhaitent être euthanasiées du fait des conditions précaires et parfois inhumaines du système hospitalier français. Combien de personnes vont demander l’euthanasie non pas par liberté, mais contraintes par la détérioration du système de soin ?

Une loi anti-fraternité 

Il n’est pas plus inhumain de laisser vivre quelqu’un qui souffre que de l’achever. La fin de vie est bien souvent une situation d’impuissance, qu’on ne tranche par l’assistance au suicide ou par l’acharnement thérapeutique qu’au détriment de la dignité de la personne humaine. L’euthanasie ne met pas fin à une tragédie, elle la confirme. 

– Avec la loi, il y a l’esprit de la loi. La loi implique une mentalité euthanasique. On considérerait qu’un patient qui n’est pas guéri est un patient fini, alors que la médecine doit accepter de ne pas pouvoir régler tous les problèmes, à commencer par la vieillesse. Le regard porté sur les patients ne peut pas être celui de l efficacité des soins, mais de l humanité des soins. Ainsi il est absolument inacceptable de proposer, comme le fait Jean-Luc Romero dans son livre, à ceux qui sont atteints de « maladies psycho-existentielles »[3] l’assistance au suicide, Car bien souvent c’est un délitement du lien social qui est à l’origine de leur mal-être. Là réside, encore une fois, l’hypocrisie d’une société ultra-individualiste.

En plaçant le débat à un niveau éthique, et non passionnel, Jean-Luc Romero a le mérite de sortir de l’émotionnel pour se placer à un niveau rationnel. Mais il met l’accent uniquement sur la liberté individuelle… tout en soumettant l’assistance à l’euthanasie à certaines conditions qui détruisent le principe d’égalité. Contre cette loi anti-républicaine, il faut réaffirmer 1) que la liberté se trouve dans la relation aux autres citoyens, 2) que les soins doivent être adressés à tous de manière égalitaire, 3) que la médecine doit être un des vecteur de la fraternité, et non encourager les désespoirs suicidaires.

 

 

 

[1] Cette pression exercée sur le système médical est confirmé par le récent projet de loi déposé au Sénat (article 8) : http://www.senat.fr/leg/ppl13-182.html

[2] Sur la question de l’augmentation des impôts, voir l’article 10 du projet de loi cité dans la note précédente.

[3] Selon l’expression de JL Romero p.34,

Paulux69
Auteur : Paulux69
Paul, Président des Alternatives Catholiques.
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