« Alors que Noël approche… » au Royaume du Cambodge

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Publié le 16 décembre 2013 Aucun commentaire

« Alors que Noël approche … »

Yangoon, Mandalay, Taunggy, Bangkok, Poipet, Sisophon, Battambang, Bantay Chhmar, Samrong Preah Vihear, Siem Reap… Des noms de villes qui font rêver ou qui n’évoquent rien pour vous… Des milliers de kilomètres en bus, en avion, en taxi collectif, en moto m’ont amené des unes vers les autres ces trois derniers mois… Cela éreinte. Voir toutes ces villes qui ont en commun une chose, un essor économique exponentiel ces dix dernières années, amène à de profondes réflexions. Certaines d’entre elles auront pour la première fois cette année une route goudronnée, d’autres, en Birmanie notamment, voient continuer à se décrépir les immeubles coloniaux tandis qu’on y accroche des écrans géants que même les rues parisiennes ne connaissent pas, afin d’ériger en besoin vital le fait de consommer. A Bangkok, la mondialisation est quasi achevée : le métro aérien surclimatisé est peuplé d’employés de la classe moyenne thaïe aux mines grises dont les yeux oscillent entre l’écran de leur Smartphone et celui des télévisions qui diffusent de la publicité entre deux annonces de stations. Le fameux sourire asiatique n’existe plus ici ; on vous regarde avec au mieux indifférence au pire avec dédain. Le soir venu, cette classe moyenne ira dans la rue hurler sa colère, déplorant finalement les effets dont ils chérissent les causes. Au milieu de cette foule asiatique, on retrouve les mêmes touristes qu’à Siem Reap, short flottant, marcel lâche pour arborer les résultats des 6 derniers mois de salle de musculation, casquette plate plus ou moins à l’envers, le tout accompagné d’une odeur de transpiration alcoolisée de la veille et séchée par la climatisation. Cela c’est pour les hommes ; les femmes, elles, n’hésitent pas à porter un simple haut de maillot de bain, comme si la sortie du métro donnait directement sur la plage de Pataya. L’ancestrale pudeur asiatique n’en est plus choquée ; elle n’existe plus… A Bantay Chhmar ou à Yangoon, les populations locales s’accrochent encore à leurs cultures respectives –on porte encore majoritairement le launggy dans la capitale historique birmane. Les sourires candides et bienveillants sont encore là, à la vue d’un étranger. Le respect des anciens est toujours une valeur fondamentale, l’euthanasie un concept barbare qui ne traverse l’esprit de personne. Le Cambodge et la Birmanie sont en plein décollage économique ; lorsque l’on voit l’état de ce monde ultra matérialiste, on se dit que ce vol vers le progrès risque de se résoudre à l’équivalent d’un Paris-Nantes… Lorsque l’on est coordinateur de projets de développement pour une ONG française, on se demande si finalement on ne se fait pas complice de ce futur probable crash économique mais surtout moral…. Beaucoup de doutes accompagnent mes pensées, mes réflexions. Des doutes sur moi-même, sur ce que je veux être dans ce monde. Vertige d’un nain que je suis sur les épaules de ce géant si fragile qu’est l’Humanité. De la haut je vois loin, mais avec un sentiment d’impuissance… Et puis, heureusement il ya les jeunes avec qui je vis au quotidien, les responsables locaux, moines bouddhistes ou soeurs hyperactives, les staffs Enfants du Mékong, Martin à Sisophon, Damien à Bangkok, Yves et toute l’équipe d’Asnières, tous les anciens bambous, la famille Desvaux à Siem Reap. Je lis « Enfants du Mékong, La force du don », je respire à nouveau ! Je vais à Samrong participer à la première moisson des rizières fraichement acquises du centre Enfants du Mékong, je revis ! Je retrouve tous les Bambous pour le Semi-marathon d’Angkor et le cours avec plus de 40 jeunes ; nous récoltons 1 500 € pour venir en aide à nos amis philippins et mon coeur tressaille ! Je comprends alors le modeste rôle que nous pouvons jouer en tant que Bambous. Etre, aimer en vérité, leur apprendre à aimer en vérité. Cette envie d’aimer, je la puise entre autre dans ma foi catholique, dans ma foi en Jésus ; d’autres de mes amis en France et ailleurs, la puisent dans la foi qu’ils ont en l’Homme, nourris d’un amour certains reçu d’abord au sein de leur famille mais aussi auprès de leurs amis. Il en va de même de mes amis bouddhistes, ici en Asie. Dans tous ces pays, la mondialisation cherche à détruire ce lieu d’apprentissage de l’amour qu’est la famille, dernière barrière au marché global où l’homme n’a de valeur que pour ce qu’il consomme et produit ; en France, le processus destructeur est déjà bien avancé, mais là aussi on résiste… Au-delà de tout ce que je peux faire –où que je n’ai pas le temps de faire, en terme de rapports et de dossiers, Enfants du Mékong me demande d’être. J’apprends donc ici à savoir qui je suis et toutes ces personnes que je rencontre me façonnent et me fascinent. Ce n’est pas évident mais tellement exaltant ! Parfois, je n’y arrive pas et désespère. Mais lorsque, revenant au foyer de Battambang, fatigué d’une semaine de travail que j’aurais voulu plus productive, et que je vois le visage des jeunes s’éclairer, le mien s’éclaire à son tour ! Ils ôtent alors tout le poids de mes soucis futiles. Ma mission ici se résume finalement à cette phrase de Martin (directeur EDM Cambodge, au service des enfants cambodgiens depuis plus de 16 ans) « Nous sommes là pour les aider à devenir de bons pères et de bonne mères de famille ». Si on a lu ce que j’ai écris plus haut, on aura compris le sens de ce propos, qui n’a rien de conservateur mais, au contraire, dans le monde dans lequel nous vivons, est révolutionnaire ! La révolution de l’Amour.  

Augustin JUSOT

Coordinateur de Projets au Cambodge et en Birmanie

Enfants du Mékong

Décembre 2013

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