Pour une mode islamique.

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Publié le 18 avril 2016 9 commentaires

La question du voile islamique n’en finit pas de déchirer le tissu politique français. C’est ce que vient de confirmer le récent débat sur la « mode islamique » ou plutôt, comme vous l’aurez constaté, l’impuissance manifeste à débattre du voile à partir de cet angle nouveau et bien particulier qu’est la mode. L’enjeu est pourtant passionnant. Il me semble que la définition du hijab comme objet de mode peut renouveler en profondeur la signification publique du voile islamique et favoriser un raccomodage original du tissu islamique au tissu républicain.

 

La « question du voile » met à nu la République…

 

Pour commencer, il est très significatif que ce débat soit né d’une polémique sur les termes avec lesquels il s’agissait de le fermer d’emblée. Laurence Rossignol, au micro de Jean-Jacques Bourdin, avait choisi de comparer les femmes qui défendent le droit de se voiler « aux nègres américains qui étaient pour l’esclavage ». Violente dans sa lettre et son esprit, cette comparaison a légitimement suscité l’indignation. Comment ne pas la juger inacceptable de la part d’un ministre de la République, a fortiori lorsque son portefeuille, solennellement rebaptisé « ministère des familles », fait la part belle à la diversité et résonne comme une nouvelle sacralisation institutionnelle du « droit à la différence » ? Face à l’évidence de cette contradiction, chacun a pu constater que le principal mérite d’une plate phraséologie de la tolérance est de relever la mesquinerie des petites intransigeances républicaines : il y a un contraste trop saisissant entre la rigidité sectaire de cette déclaration, pour ne pas dire son intolérance radicale, et la rhétorique officielle de la main tendue et de la bouillie du cœur qui devait lui servir d’écrin. Cette ritournelle insupportable de la tolérance abstraite et la fausse note de Rossignol se tiennent pourtant comme les deux faces d’une même pièce : dans les deux cas, on observe un brouillage plus ou moins subtil des frontières entre le discours institutionnel de la République et les revendications militantes les plus polémiques. Cet agaçant mélange des genres, constitutif de ce qu’il faut bien appeler une idéologie d’Etat, est nécessairement vécu comme une violence et crée les conditions d’un échec politique sur la plupart des questions de société sensibles, dont le voile. Plus encore qu’à l’emploi malheureux du mot « nègre », la ministre doit donc son scandale à sa tentative maladroite pour maquiller une opinion féministe de comptoir en « rappel à l’ordre républicain ». Cet échec sur la forme témoigne d’un échec de fond, plutôt accablant : la République, depuis presque vingt ans, n’a pas conquis de discours autonome sur la question du voile islamique et continue de déléguer le pour et le contre à des organisations militantes, généralement féministes, dont le caquetage contreproductif commence à faire désordre. 

 

… et rhabille les féministes. 

 

Le débat sur la mode islamique s’est clos comme il s’est ouvert : sur un malentendu. Que s’est-il passé ? Au lieu d’interroger le statut du voile islamique comme objet de mode, ce qui aurait eu l’avantage de poser une question nouvelle et, à mon sens, passionnante, le malheureux foulard s’est retrouvé otage d’un règlement de compte, ancestral mais cette fois particulièrement venimeux, entre paroisses féministes : obédience laïque universaliste (Badinter et al.) vs. credo multiculturaliste (Benbassa et al.). Plutôt qu’à un débat nous avons donc assisté, fort déçus, au vacarme ébouriffant d’un crêpage de chignon professionnel. Et c’est peu dire que le silence gêné du gouvernement, empêtré dans l’ambiguïté de son soutien sans participation, n’a pas arrangé la musique. Mais consolons-nous ! Tout n’a pas été perdu dans ce débat gâché. En effet, il aura sans doute manqué à ces ayatollettes anti-hijab d’être des hommes pour se souvenir qu’un voile, porté comme il faut, ne peut servir qu’à révéler de façon plus suggestive ce qu’il couvre et, ici, l’insolent foulard a trahi avec une netteté délicieuse les contradictions du cheveux-au-ventisme le plus va-t-en-guerre.

 

Pour le droit des femmes à choisir librement leur oppression 

 

Badinter, cette vieille murène à chignon, s’y est cassé les dents. Le fond de sa pensée ? Le voile opprime la femme, nécessairement et universellement. Point. Inutile, petits malins, de lui objecter Mère Teresa, en rappelant qu’avec son voile emblématique elle est devenue une figure universelle du courage et de la liberté. Cela n’a rien à voir. Ne faisons pas exprès de mal comprendre une philosophe aussi rigoureuse que Badinter : il s’agit d’une universalité qui concerne uniquement l’islam. Là, peu importe les raisons qui peuvent amener une femme à se voiler, ce sera toujours et partout une oppression. Et il y a pire encore que revêtir cet humiliant chiffon sous la contrainte des « grands frères », c’est se voiler « par choix » : signe évident d’un degré d’aliénation plus élevé. Le voile islamique symbolise avant tout la domination masculine et la soumission à Dieu, il imprime donc, sur chaque femme qui le porte, le stigmate infamant du rang inférieur. Mère attentive et vigilante, la République doit alors libérer la femme voilée du piège que lui tend sa propre conscience. Ici, je remarque que Badinter ne s’aventure pas à décrire le genre de « femme libre » qui devrait servir de modèle d’émancipation à notre jeune musulmane opprimée. Ce serait un brin autoritaire. Mais dans le doute, on imagine que porter le chignon ferait un bon début ! Cette amie des femmes accorde donc à la jeune musulmane une forme embryonnaire de liberté qui consiste à deviner par elle-même l’idéal-type qui lui servira de tuteur. C’est comme un premier exercice d’émancipation, au fond : apprendre à identifier soi-même ce que, dans la société de Badinter (la France mais aussi Publicis), on désigne ou vend le plus communément sous l’appellation contrôlée « femme libre ». Faites-en vous-même le portrait. Que se passera-t-il alors ? Déçue, notre candidate à l’émancipation républicaine refusera de s’y identifier et préfèrera s’accrocher à son voile, précisément par liberté. Il se peut même qu’elle cherche à affirmer un modèle alternatif de « femme libre », au moyen d’une mode elle aussi, mais qu’elle dira « islamique », « pudique » ou « décente », parce que ces mots collent plus avec ce qu’elle entend par « libre ».

 

Boycottons Badinter & Cie. 

 

Un client déçu qui part chez le concurrent, passe encore : c’est la loi du marché. Mais qu’il devienne lui-même un concurrent, c’est le cauchemar de tous les boutiquiers : la promesse douloureuse d’un marché renouvelé. Raison pour laquelle l’apparition d’une « mode islamique » fait trembler la maison Badinter. La monopolistique mémé s’active pour préserver l’équilibre du marché de l’émancipation féminine : pas question qu’on y trouve un jour un beau voile, cette concrétisation éminemment subversive d’un rêve d’esclave. Avec ses créatifs, elle invente donc contre la mode islamique un slogan. Argument implacable de non-vente, digne de résonner en chacun comme un cri de la conscience : « on ne fait pas commerce de l’oppression ». Joli principe, me direz-vous, mais avec lequel on ne ferait plus beaucoup de commerce. Et l’antique oracle féministe, ici, avant de parler, aurait été été bien inspiré de méditer l’éternelle parabole de la poutre en remuant sept fois sa langue dans sa bouche. Présidente du conseil de surveillance de Publicis, Badinter appelle au boycott des marques qui oseraient mettre en vente des articles estampillés « islamiques ». On eût aimé la voir contrôler les activités de son groupe avec un zèle au moins égal à celui qu’elle investit dans le flicage « universel » des musulmanes trop coquettes. « Surveille-toi toi-même » est aussi un genre de cri de la conscience, qu’il faut lui rappeler. En effet, n’est-ce pas sous sa « surveillance » que Publicis exploite à des fins commerciales une image oppressante de la femme, celle des publicités, et tire chaque matin ses revenus de l’angoisse qui saisit des milliers de femmes devant leur propre corps, ce gouffre à fric désespérant qui ne satisfait jamais assez aux dernières exigences du sexy et du bankable ? N’est-ce pas aussi sous sa « surveillance » experte que Publicis s’est récemment félicité d’un contrat avec l’Arabie saoudite, le seul État au monde qui épuise toutes les significations du mot oppression, pour redorer le blason du royaume wahhabite en France ? N’est-ce pas justement sous la pression de cette même Arabie saoudite et de son hérésie wahhabite, que le voile s’est répandu dans le monde arabe, puis parmi nous, comme l’uniforme d’une condition féminine dégradée ? Badinter libère la femme, donc, mais n’est pas à une contradiction près. Comment reprocher aux jeunes musulmanes de trouver dans un voile fashion l’instrument tout désigné pour se libérer de leur oppresseur … comme de leur libérateur ? Et devant la laideur morale de ce féminisme dévoyé et décrépit on se prend effectivement à rêver de le lui visser sur la tête.

 

Le dévoilement du voile comme simple « objet ».

 

Plutôt que de céder à l’agacement, essayons de répondre à la question que les féministes de cette trempe ont soigneusement évité de poser. C’est celle du voile en tant qu’objet de mode et j’ai dit qu’elle me paraît capitale. Il s’agit presque d’un tout nouveau genre d’objet, qui demande à être pensé pour lui-même. Si elles en ont été incapables, c’est sans doute parce que cela demandait un effort sur soi trop insurmontable, qu’on peut appeler une conversion du regard : en un mot, cesser de considérer le voile comme un symbole pour le voir enfin comme un objet, dans sa matérialité concrète. Pensez-y : la particularité du voile est d’être un objet qui, intégralement enseveli dans le chaos angoissant de ses significations, a totalement cessé d’exister en tant qu’objet. Sous le poids des significations multiples qu’on lui prête, le voile islamique s’est lui-même voilé comme voile : il n’apparaît plus à personne comme ce qu’il est d’abord, à savoir un morceau de tissu. Faites l’expérience sur vous-même : nous nous sommes tellement habitués à comprendre le voile islamique comme symbole d’une oppression féminine, comme vecteur d’un conflit social, comme symptôme d’une radicalisation politique, comme signe d’une appartenance religieuse, que cela demande un sérieux exercice de le considérer simplement comme un foulard porté par une femme. Vous aurez raison ici de me faire cette objection : il n’y a pas lieu de faire une différence entre ce que signifie le voile et ce qu’il est dans la mesure où, pour la femme voilée elle-même, le hijab est d’abord un signe et seulement ensuite un foulard. Je répondrais que vous avez raison, mais j’ajoute : jusqu’à quand ? Et si c’était précisément cela que venait modifier en profondeur l’apparition d’une « mode islamique » ? Et si c’était la possibilité pour les femmes musulmanes elles-mêmes de porter le voile autrement, c’est-à-dire d’abord comme un foulard et seulement ensuite comme un signe ? Toute la signification publique du voile islamique s’en trouverait renouvelée.

 

Esthétique du hijab : du ready-made à l’accessoire de mode.

 

La preuve indiscutable du fait que le voile islamique, jusqu’à maintenant, a existé comme signe plutôt que comme objet de mode, c’est sa nullité esthétique. Phénomène d’une étonnante régularité. C’est à tel point que l’on peut se demander si les femmes qui choisissent leur hijab ne s’inspirent pas en secret des critères de Duchamp dans le choix du ready-made, à savoir : la volonté de trouver un objet parfaitement indifférent sur le plan esthétique, un objet absolument neutre du point de vue « rétinien », dont on puisse s’assurer à l’avance qu’il ne plaira comme ne déplaira jamais. On a envie d’ajouter : désespérément. Car cette indifférence, en même temps, doit être telle qu’elle agace par son caractère fondamentalement déceptif : négations pures de l’esthétique, le hijab et le ready-made sont une forme subtile d’agression par le non-dévoilement. La femme musulmane choisit donc, grosso modo, son voile comme Duchamp son urinoir et c’est tout dire. Elle le fait dans le seul but de provoquer chez le spectateur une réaction que l’artiste appelait « anesthésie du goût ». Et qui ne l’a pas éprouvée devant le gris, le noir ou le mauve sempiternels de ces hijabs en polyester qui, visiblement, ne font plaisir à personne ? On constate aussi parfois des hijabs de fête, en simili-satin de léopard violet, qui ne témoignent pas d’un goût plus communicatif. Comment, à partir de là, ne pas voir d’un bon œil l’essor irrésistible des sites de mode islamique, dont il faut préciser qu’ils sont souvent de vrais sites de mode ? Comment ne pas se réjouir du nombre important de femmes voilées qui se lancent dans le stylisme pour élaborer des codes esthétiques nouveaux, perçus comme émancipateurs ? Un fait significatif parmi d’autres : cette modest-fashion, où s’investissent principalement des musulmanes, ne se pense manifestement pas comme un business communautaire ; bien au contraire, elle se présente comme la recherche d’une nouvelle élégance féminine qui puisse répondre à son temps et s’adresser à tout le monde.

 

Défi pour un styliste : raccomoder le tissu islamique au tissu républicain.

 

 Pour les plus pessimistes, qui verraient dans ce dynamisme une façon d’étendre encore un peu plus l’empire du voile en France, je réponds : peu importe. Ce qui est décisif, c’est que le voile est entré dans une logique de mode et donc d’accessoirisation. Et, pour deux raisons au moins, cette logique tend à modifier profondément la signification publique du voile islamique en France. D’abord, sur un plan esthétique, l’accessoirisation du voile implique sa personnalisation. Dès lors qu’une femme, au lieu de « se voiler », choisit un voile qui lui plaît, le tissu cesse d’être un mur pour devenir une interface. Pour être clair, cela signifie qu’au sens strict elle n’est plus « voilée » mais porte un foulard qui, comme tout vêtement ou accessoire de mode, révèle une personnalité par un style. Deuxième modification de taille, qui touche encore de près au droit des femmes : l’accessoirisation du voile implique l’affirmation progressive de son caractère non-essentiel. On peut espérer que cette logique conduise à faire reconnaître un jour par l’ensemble de la société française, musulmans comme non-musulmans, que le hijab n’a jamais été autre chose qu’un accessoire religieux et, en ce sens, rien de plus. Autrement dit, qu’il n’a aucune légitimité à s’affirmer comme un pilier essentiel de la pratique féminine de l’islam, en France comme ailleurs, et qu’en ce sens on doit pouvoir en user, ou n’en pas user, avec liberté. Vous l’aurez compris : le défi politique qui peut légitimement accompagner l’effervescence de la modest-fashion, c’est de recoudre enfin le tissu islamique au tissu républicain. L’intégration, en somme, devient affaire de style : bienvenue en France !  

Camille RHONAT
Auteur : Camille RHONAT

Professeur de philosophie, membre des Alternatives Catholiques

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9 réflexions sur “ Pour une mode islamique. ”

  1. Article très intelligent, mais totalement sophistique. Faire semblant de croire que le voile pourrait être seulement un objet de mode alors qu’il est fondamentalement religieux, et se réjouir qu’en sus il tombe dans le domaine de la mode en tant qu’individuation spectaculaire, que l’on vient critiquer juste au-dessus avec Publicis, me paraît d’une profonde mauvaise foi.

    1. Merci pour les trois premiers mots. Je vous concède que le style, comme l’angle choisi, donne de façon délibérée une coloration sophistique à l’article. Mais que tout s’y réduise au sophisme, vous comprendrez que j’en sois moins convaincu.

      Rassurez-vous sur mes arrières-pensées, je ne fais pas « semblant » de croire que le voile, en devenant une sorte de pur objet de mode, pourrait perdre sa signification religieuse. Et je le crois d’autant moins que je ne le souhaite même pas. Pour tout dire, j’ignore vraiment pour quelles raisons il faudrait souhaiter que le voile perde tout sens religieux, à moins de supposer qu’il n’en existe qu’un : celui du fondamentalisme islamique. Et il est bien naturel que je m’y refuse, n’étant pas moi-même fondamentaliste.

      Au contraire, je crois que la signification religieuse du voile n’est pas fixe en islam et qu’elle appartient elle-même au registre de la mode, au sens où elle se contente surtout d’être le reflet de son temps. Il y a des époques et des lieux où il n’est guère porté, d’autres où il exprime simplement une foi, exprime une culture ou manifeste un goût et il y a d’autres époques, identitaires comme la nôtre où il devient le signe obligé d’une sécession religieuse et politique.

      Dans un tel contexte, ce que je me borne à souhaiter, et comme beaucoup d’autres, c’est que le voile puisse garder une signification religieuse – légitime pour celles qui le portent, respectables pour les autres – sans devenir le signe d’un divorce entre les musulmans et la société. Et je me contente de dire, pour toutes les raisons mentionnées, que l’apparition d’une mode islamique pourrait y aider considérablement.

      Ne donner aucun crédit à cette possibilité sous prétexte que le voile islamique serait, par nature, dépositaire d’une signification religieuse immuable, c’est précisément accepter les prémisses d’un discours fondamentaliste qu’il s’agirait plutôt de combattre : un discours importé d’Arabie saoudite qui compte justement faire du voile un objet à sens unique pour le malheur de tous et surtout de toutes. Il convient d’encourager tout ce qui pourra rappeler à ce pseudo-islam « originel et vrai » qu’il n’est jamais que la dernière lecture du Coran à la mode, et même la relecture particulièrement tordue d’une relecture condamnée pour hérésie au XIXème siècle. Et pourquoi ne pas imaginer qu’ici comme ailleurs la mode se combatte par la mode ?

      Pour le second aspect de votre commentaire, qui met en jeu ma mauvaise foi, je ne le comprends pas. Je crois deviner que vous n’aimez pas beaucoup la mode, dans laquelle je lis qu’il serait question de « tomber ». S’il vous faut « tomber » pour en arriver au niveau du goût et de l’élégance je devine que vous partez de bien haut et ce sont des sphères dont je vous laisse volontiers le secret.

      1. Votre pensée semble indiquer que vous portez une vision à la fois trop chretienne et trop ccidentale sur cette question. L’islam, radical ou non, se pense comme une politie,où la distinction du religieux et du laïc, du public et du privé, de l individu et de la communauté, n existent pas. Le voile en est l exemple type. Vous citez Mere Theresa; c est une femme chretienne qui a fait le choix en prenant un engagement solennel, ses voeux, de devenir religieuse et de ce fait celibataire et au service des autres. Sa communauté lui demande alors de manifester publiquement cet engagement par le port du voile. Au contraire, dans l Islam le voile brouille toutes les frontieres d appartenance : on ne sait si la femme est laïque ou religieuse, on ne sait si elle se trouve dans l espace public ou so elle veut s en premunir, on ne sait si elle le fait par choix personnel ou par pression de la communauté. La où dans la tradition chretienne le voile est source de clarification et d apaisement, il est dans l Islam source de confusion et d angoisse. Et votre histoire de mode islamique ne ferra que rajouter de la confusion à la confusion, tandis que les partisans de l Oumma verront la le signe d une petite victoire qui en annonce d autres. Ne voudriez vous pas d avantage vous attarder sur les motivations mercantiles de notre monde liberal-libertaire toujours pret à faire des concessions sur l un au profit de l autre et qui pense finalement que « peut importe le voile tant qu il fait tourner le tirroir-caisse?

        1. Merci pour votre commentaire. Sur le fait que l’islam serait nécessairement une religion politique, qui ne fait pas la différence entre l’individu et la communauté etc., je ne suis pas d’accord avec vous. Cela me semble historiquement infondé. Et surtout dangereux d’adopter une rhétorique critique du « vrai Islam », dans la mesure où cela revient à reconduire dans son propre discours les délires de puissance d’un islam politique et réactionnaire qui se prétend seul légitime, contre toute évidence historique. Que les partisans d’un islam politique voient d’un bon oeil l’extension du domaine du voile à la mode, je ne le crois pas. Ou s’ils le croient, tant mieux, dans la mesure où ce sera à leur dépens.

          Pour le dernier point : la critique des « motivations mercantiles de notre monde libéral-libertaire ». L’idée que le monde marchand est nécessairement aliénant est tellement rebattue que je la laisse à d’autres. Je ne suis pas d’accord pour ma part. C’est vrai que H&M et Zara s’intéressent à ce marché par opportunisme. Déduire de cette appropriation que le voile fashion serait une aliénation libérale libertaire est absurde. Ce marché a été lancé par des jeunes musulmanes elles-mêmes qui ont créé leur boîte et vu l’occasion d’une émancipation. Ce n’est pas parce que le capital investit sur une bonne idée qu’elle devient nécessairement mauvaise.

  2. Bonjour Camille, bel article.
    D’abord, quelques retouches vu que nous sommes dans le domaine de la mode. Dans le chapitre Boycottons Badinter & Cie, merci de retoucher la phrase : « Et l’antique oracle féministe, ici, avant de parler, aurait été été bien inspiré de méditer l’éternelle parabole de la poutre en remuant sept fois sa langue dans sa bouche ». Loutre le doublon laissé, c’est trop sophistiqué, vous n’aurez pas que des gens qui ont fréquenté les paraboles de Jésus dans vos lectures d’autres ont fréquenté celles qui retransmettent les matchs de foot. … J’opte pour plus simple et plus lisible « L’antique oracle féministe eût été inspirée de tourner sept fois sa langue dans sa bouche. Ne ramenez la paille et la poutre qu’avec un exemple précis.
    L’article tient le sujet et c’est sur cette crête qu’il faut tenir le sujet. La voie de la mode pourrait devenir l’exutoire nécessaire et sanitaire, particulièrement à notre époque. S’y opposer au nom des principes sacrés de la mode ou de la lutte contre l’oppression valait bien l’image de la poutre et de la paille, si l’on a choisi de rester poli. Sur les tenants et aboutissants, lieux et horaires, l’occident devrait bien la fermer car c’est probablement parce qu’il se la pète un peu trop genre moi j’vais te dire comment faut vivre alors qu’il passe toutes ses émissions de télé à dire que sa bouffe est pourrie, que son monde est ultra pollué, que sa culture disparaît, qu’il n’y a plus de valeurs dans son monde, bref qu’il faut tout changer chez lui. Mais, ce gros porc continue à donner des conseils à coup de canon.
    La mode a été inventée par les gens qui ont de l’argent, pour les gens qui ont de l’argent, du goût et de l’ambition. Toutes choses qu’un baudelairien comme moi hait, méprise et vomit. Soit. Nul n’empêchera la mode de choisir l’Orient et le goût de l’Orient est un goût bien plus subtil que celui de l’Occident des 4 derniers siècles. L’Occident chrétien, décadent, n’est plus au centre, il est périphérique et c’est une histoire écrite. Quoi qu’il en soit, ceci est déjà un fait. Comme disait Pharaon : « Comme j’ai dit, que cela soit écrit et que cela soit ». Des gens, on le voit, croient posséder la mode. Ils sont comme ceux qui se croient propriétaires de leur vie ou de leurs enfants. Ils vivent dans l’illusion.
    Le hijab objet de mode sera forcément décoré ; il fera forcément le choix de couleurs et de symboles. Nous verrons du vert et nous verrons des croissants. Ils seront identitaires voire communautaristes. Mais le seront-ils davantage que les écharpes des supporters des clubs de football ? Aux Français inquiets qui veulent vraiment lutter contre le danger de la banalisation de l’Islam par le hiqab, relancez la casquette, remettez à la mode le « foulard à mémés » dont se drapent vos mères ou vos mamies pour ne pas ruiner leur mise en plis. En matière de mode ou de commerce, quand deux choucroutes s’affrontent, c’est la meilleure qui l’emporte, nous vivons cela depuis 50 ans, on nous l’impose depuis 50 ans, et là parce que cela viendrait d’ailleurs il y aurait disqualification. Ben moi je disqualifie les dopés et les mauvais joueurs et je commence par Badinter !
    Si les femmes sont actrices du mouvement de mode et si des mécènes sont là, cela pourra servir au mouvement de libération de la femme. Si la France multiculturaliste et laïque et tout ce qu’on l’entend dégoiser au poste par des incompétents de service est ce qu’elle prétend, il faudra qu’elle aille au bout. Je dis bien aller au bout. Car aujourd’hui, suite aux attentats et sans amalgame, il est de bon ton de répudier le hiqab, de retirer TOUT hallal des cantines, de ne plus avoir des horaires aménagés pour les femmes musulmanes et là j’en oublie… Tout ceci est contraire à la laïcité. Pourtant, et nous notons encore une fois l’assourdissant silence des journalistes qui sont censés être devenus nos Historiens, tout ceci a été obtenu de longue lutte syndicale et politique par les affidés d’SOS racisme et de la gauche des gouvernements socialistes auxquels participaient, il y a 30 ans, vous savez, les mêmes, Royal, Fabius, Sapin… Il n’y a qu’à regarder qui a voté quoi il y a 20 ans.
    Mieux vaut donc ici prendre le risque d’accroitre le communautarisme en utilisant la mode comme lien entre les cultures et comme lieu d’émancipation de la femme. Le tout sera pour les requins du commerce comme Madame Badinter de ne pas aller soutenir… ceux qui soutiennent le macchisme parce qu’ils paieront mieux. Le pire, c’est qu’elle en serait bien capable !
    Reste à dire, et je l’ai déjà suggéré, que ceci est un « faux débat » car la mode n’attendra ni Hollande ni Badinter, ni vous ni moi, pour exister. Ce à quoi vous nous invitez, Camille, c’est à un positionnement dépassionné sur l’inéluctable.

    1. Merci pour votre commentaire. Je me souviendrai de votre conseil pour la poutre. Le passage sur les « foulards à mémé » m’a beaucoup fait rire ! En revanche, je vous trouve un peu dur sur l’occident qui n’est peut-être pas si décadent que ça au fond !

  3. Bravo pour cet article.
    Avoir quelqu’un qui sait écrire, ça soulage, ça nous change de la plupart des articles publiés sur le net. Je ne me définis pas personnellement comme un « catholique de gauche » (je découvre le site), mais je vais partager l’article, parce que je suis totalement en phase avec le fond de ta réflexion.

    1. Merci pour votre commentaire ! Une petite précision : personnellement, je ne me définis pas non plus comme un « catholique de gauche », loin s’en faut, et les Alternatives catholiques n’ont pas vocation à devenir un club politique pour cathos de gauche … ou de droite. L’ouverture politique fait partie des points non-négociables de notre association et personne ne s’en plaint !

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