« Tout pouvoir vient de Dieu » : une critique de la théocratie.

 Libre recension de Tout pouvoir vient de Dieu, Un paradoxe chrétien, Paris, Ad Solem, 2015, d’Emilie Tardivel. 

 

« Tout pouvoir vient de Dieu », Lettre aux Romains, 13, 1.

 

    Une telle phrase est-elle une justification théocratique de n’importe quel régime ? Signifie-t-elle qu’on ne pourrait gouverner qu’au nom de Dieu ?

    Emilie Tardivel apporte dans un court opuscule, Tout pouvoir vient de Dieu, Un paradoxe chrétien, une réponse négative. Il faudrait voir dans une telle phrase une remise en cause de tous les pouvoirs, et non leur justification absolue. En effet, dire que tout pouvoir vient de Dieu, c’est dire qu’il ne vient pas de celui qui l’exerce. Donc qu’il ne saurait valoir en lui-même, qu’il n’est pas fondé par lui-même. Donc qu’il ne peut s’exercer arbitrairement – et même qu’il ne peut s’exercer qu’arbitrairement s’il s’exerce seulement au nom de lui-même, c’est-à-dire au nom de l’ordre.  

    « Cette formule implique simplement un autre rapport au pouvoir, un rapport qui le maintient dans une distance critique à l’égard de lui-même »[1].

    Ainsi, affirmer que tout pouvoir vient de Dieu, c’est empêcher l’idolâtrie qui guette la politique. La politique a tendance à se regarder elle-même, à contempler sa propre puissance, en ne cherchant rien d’autre que son accroissement. Dire que tout pouvoir vient de Dieu, c’est situer le pouvoir par rapport à quelque chose de plus grand que lui. C’est dire que la puissance n’est pas la norme ultime d’une bonne politique. 

    Plus encore, c’est situer le pouvoir dans l’horizon de sa suppression. Si tout vient de Dieu, tout revient également à Dieu. Le pouvoir est appelé à être supprimé : pas seulement à la fin des temps, mais en tant qu’il est conçu comme légitime seulement s’il fait advenir un lien politique qui se passe de pouvoir – lien que Saint Paul appelle d’un nom aujourd’hui galvaudé : l’amour. En ce sens dire que tout pouvoir vient de Dieu n’est pas une maxime théocratique, mais anarchiste – s’il nous est permis d’employer ce mot ambigu. Pour éclairer ce qu’elle appelle le « paradoxe eschatologique du pouvoir », Emilie Tardivel cite une phrase très intéressante de Gaston Fessard, selon laquelle si le pouvoir « poursuivait une autre croissance que celle qui le mène à disparaître, il deviendrait illégitime, et le droit par lui créé ne serait plus du droit »[2]. Autrement dit : si le pouvoir ne cherche pas à s’abolir lui-même en instituant une société où règne l’Amour, il est condamné à disparaître.

    Dans tous les cas, il doit disparaître.

 


 

[1] P. 99.

[2] Gaston Fessard, Autorité et bien commun, Paris, Aubier, 1944, p.59. Citation légèrement modifiée. 

Paulux69
Auteur : Paulux69
Paul, Président des Alternatives Catholiques.
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2 réflexions sur “ « Tout pouvoir vient de Dieu » : une critique de la théocratie. ”

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