Minorité catholique, minorité politique ?

Depuis 2013, l’échec des catholiques en politique est plus que patent. La loi Macron, en passe d’être approuvée, en est le dernier témoignage. Les catholiques n’ont pas seulement déserté la rue : ils ont échoué dans la conquête d’une légitimité politique, d’une place reconnue sur le banc des débats publics.

La défaite des catholiques vient-elle de leur inaptitude à traduire politiquement leurs conceptions propres ou vient-elle plus largemment de leur incapacité à se mobiliser massivement dans des luttes universelles, aux côtés de non-croyants, sur des sujets qui ne constituent pas un monopole culturel catholique ? La question est grave : de minorité numérique, les catholiques pourraient aisément s’enfermer dans un statut de minorité politique incapable de peser autrement que par l’opposition frontale à toute mesure menaçant directement son corpus idéologique, son ciment communautaire. Bien sûr une telle analyse n’enlève rien à la légitimité des luttes sur les questions éthiques et religieuses. Elle pose simplement la question de la stratégie d’ensemble, de l’efficacité des catholiques en politique et de la portée de leur parole sur la scène publique. Le risque est grand d’entretenir la perception des catholiques comme minorité puremment apte à défendre des « intérêts catholiques », à assurer égoïstement sa survie identitaire. Catholique ne signifie-t-il pas universel ?

Dans le débat sur la loi Macron, le problème apparaît de manière flagrante. Dans les articles de presse détaillant les motifs d’opposition au travail du dimanche, on lisait à peu près toujours le même type de phrases : « les catholiques s’opposent, de façon traditionnelle, au travail du dimanche pour des raisons religieuses ». Dans l’imaginaire collectif, un catholique n’est donc pas un être de vision politique. Il n’est qu’un individu placide réagissant mécaniquement à partir d’un corpus de lois morales et religieuse, comme un organisme opérant le rejet systématique de tout corps étranger à son ADN.

Non, les catholiques ne s’opposent pas au travail du dimanche « pour des raisons religieuses ». Ils s’y opposent d’abord, rationellement, au nom d’une conception de la dignité humaine qui veut que l’homme n’appartienne pas au seul système économique et qu’il soit donc nécessaire de l’y extraire un jour par semaine pour qu’il puisse se consacrer à ce qui fonde sa plus profonde humanité : les relations humaines, la famille, l’amitié, la culture, la foi. Il n’est pas besoin de « convictions religieuses » pour partager dans ses grands traits cet argumentaire, relayé par des personnalités comme Martine Aubry ou Jean-Luc Mélenchon. Or, les catholiques restent médiatiquement dans la case qui leur est atitrée, rejouant perpétuellement le même rôle sur la scène politique. Sans doute l’attribution de ce « rôle type » catholique relève-t-il même, de la part de certain, d’une savante stratégie d’étouffement de « fronts d’opposition » en voie de formation : diviser pour mieux règner.

La question de l’affirmation des catholiques comme minorité agissante en politique est donc plus que jamais actuelle. Saurons-nous suivre le pape sur les chemins d’une nouvelle évangélisation de la parole publique ?

Noxetlux
Auteur : Noxetlux

Marie-Hélène, membre des Alternatives Catholiques.

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Une réflexion sur “ Minorité catholique, minorité politique ? ”

  1. Bonjour,

    Merci pour cet article.

    Vous faites remarquer « Or, les catholiques restent médiatiquement dans la case qui leur est attitrée, rejouant perpétuellement le même rôle sur la scène politique. Sans doute l’attribution de ce « rôle type » catholique relève-t-il même, de la part de certain, d’une savante stratégie d’étouffement de « fronts d’opposition » en voie de formation : diviser pour mieux régner. »
    Mais quels sont ces « certains » que vous évoquez? S’agit-il uniquement de ces autres non catholiques? Mon analyse est plutôt que les catholiques sont principalement responsables de la limitation de leur capacité à changer le monde. Dans un contexte de crise des fidèles, le terreau sociologique catholique est plus que jamais largement trusté par des types d’homme et de femme dans lesquels de nouvelles âmes peinent à se reconnaître. Plus grave : on peut vraiment se demander si ceux qui restent n’ont parfois pas acté cette crise, ratifié une forme d’entresoi et décidé une privatisation de Jésus. Quant à l’accueil qui est réservé à ceux qui ne sont pas des cathos types, il y aurait beaucoup à dire, c’est un chemin qui demeure possible heureusement mais l’on se fait bousculer par d’incalculables prêts à penser et de certitudes identitaires où la foi est souvent le sujet oublié.

    Egalement, cette représentation catholique sur le plan politique est-elle vraiment souhaitable ? N’est-ce pas céder à l’illusion de l’étiquette commune alors même que le débat entre nous est assez faible? Je prends un exemple marquant : la Manif’ pour tous, toujours présentée comme le grand revival politique catho, en a vacciné plus d’un pour un long moment (je m’inclus) tant elle était éloignée des évangiles sur bien des points ; pire : il n’a pas été vraiment possible de discuter ce point. D’ailleurs votre article sent bien ce doute sur la représentation des cathos en politique: »Il n’est pas besoin de « convictions religieuses » pour partager dans ses grands traits cet argumentaire, relayé par des personnalités comme Martine Aubry ou Jean-Luc Mélenchon ».

    Bref, à mon sens il faut rompre avec l’importance donnée à la « savante stratégie d’étouffement », renouveler la diversité socio-culturelle des catholiques en France pour éviter un étouffement identitaire implosif et prendre ses distances avec l’idée d’une représentation politique catholique en l’état. Prier, lire, redécouvrir, méditer la parole de Dieu, configurer nos actes au Christ Jésus et partir de LUI porteront cette force de changement.
    Souvent je faillis mais cela n’entame pas ma conviction qu’il s’agit là du chemin pour faire croître notre capacité à transformer le monde. Fraternellement & cordialement.

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