Par la grâce et le burin : chantier de restauration en Algérie

Articles
Publié le 1 septembre 2014 Aucun commentaire

Un petit groupe de Français, dont Camille et William membres de Alternatives Catholiques (humbles animateurs de l’atelier de réflexion sur l’Action Directe) est allé cet été en Algérie, à Chréa, dans les hauteurs de Blida, pour restaurer une maison de l’Eglise, à l’ombre des cèdres.

Groupe1

Notre équipe de fortune, six jeunes hommes (19-25 ans) a répondu à l’appel d’une petite association française créée pour collaborer avec l’Algérie. C’est à l’initiative d’un ami du Père Raphaël d’Alger que tout a commencé. Le projet retenu, et donc notre objectif, était de travailler à la restauration d’un chalet au petit village de Chréa. Le mettre hors d’eau après le déluge des ans ; rouvrir ce lieu insalubre afin que jeunes, couples, familles, groupes et autres puissent monter jusque là. S’éloignant des « vains bruits de la plaine » (disent les Suisses familiers de l’altitude) pour plonger dans le silence, les beauté de la Création et le Cœur du Fils de l’Homme.

Cèdres

 

Mais pourquoi venir passer ses vacances ici, comme ça ? Apparemment cela n’est pas évident, notre arrivée semble avoir surpris. Aurait-on même essayé de nous décourager ? Mais comment notre génération ne pourrait-elle pas penser à l’apostrophe de Saint Jean-Paul II à la Sainte Messe célébrée au Bourget le 1er juin 1980 : « France, Fille aînée de l’Eglise, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême? »

Panorama à Notre Dame d’Afrique

NDA

Sommes-nous venus par solidarité ? Non. La solidarité est une fraternité décapitée. Une charité effacée, sans face ou visage et muette – anonyme et massive. Elle exécute l’aide sans relation dite de ce Nom. Les villes, les communes peuvent se jumeler et ne jamais se rencontrer…. En effet, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante (1 Co 12, 31-13, 4).

L’engagement nous est apparu assez évident. Je crois pouvoir dire qu’aucun de nous ne s’est vraiment posé de question, c’est une grâce… « Un prêtre, un diocèse ont besoin d’un coup de main ». Bien, alors nous serons ces bras et nous mettrons nos bouquins, nos études ou notre travail de côté pour un temps. Un doux mélange de devoir, de désir et de libre obéissance. Mais nous sommes bien conscients d’avoir reçu auparavant les forces d’âmes nécessaires pour nous engager ici.

De nous, rien – du Bon Dieu, le reste !

Vitrail de la chapelle de Tibhirine

Tibhirine1

 

Nous voici donc en chantier, habitant après un grand nettoyage la maison de Chréa. Orientés par l’architecte et maître d’œuvre italien, nous découvrions les joies des travaux et les peines corollaires. Au turbin et de bon train il fallu creuser une vaste tranchée et la préparer pour le béton armé. Des fondations solides comme le roc. Notre première tâche était de bâtir un muret qui sera complété de ferronnerie pour protéger le terrain des dégâts causés par les animaux sauvages, les hivers. Cette petite muraille peut faire penser à des remparts, des défenses… Mais comment accueillir chez soi, ouvrir à ceux qui passent, à l’étranger s’il n’y a ni porte ni mur ou toit ? Le foyer n’est chaleureux que s’il n’est pas éventré aux quatre vents.

Kabylie2

Certes nous venions pour travailler, et dur si possible, mais nous étions aussi très curieux de découvrir l’Algérie. La plupart d’entre nous avons voyagé ou vécu quelques temps au Moyen-Orient ou en Afrique et cela n’a que creusé notre soif de découvertes et d’amitiés entre les nations. Cela pourrait-il d’ailleurs étancher notre soif d’eau vive ?

Dès le début nous avons été accompagnés, en plus du Père Raphaël, par l’homme de Draria. Un jeune catholique du coin qui a travaillé avec nous tout le temps du chantier. Je ne vous conte pas les longues conversations que nous eûmes, les échanges sur notre foi, la formation nécessaire pour creuser et vivre les mystères de Dieu, les gouffres et ponts culturels.

 

Ce chantier a été le lieu d’autres richesses. C’est dos à dos, se passant les quelques outils que nous avions, se répartissant les rôles et tâches, s’aidant pour porter un sac, cuisiner ou nettoyer que nous avons fait connaissance avec les autres volontaires d’Algérie. Associés à la sueur du front, côte à côte dans l’Adoration Eucharistique nos amitiés se sont tissées. Nous avons en effet été jusqu’à seize ou dix-sept à table certains jours ! Quel groupe sans pareil ni paresse ! Groupe aux singularités honorées et unifiées par la foi catholique. Il y eut des algérois, dont l’homme de Draria, cinq Kabyles, un tchadien, deux autres français, un ougandais, un brésilien, le maître d’œuvre italien, le passage d’ivoiriennes. Un chœur terrestre qui battait au rythme des marteaux sur les burins. Car le travail comme les simples tâches du quotidien permettent de plonger bien des âmes dans la forge de l’Amour divin.

 Groupe3

Nous partagions les repas, le travail et les maux. Car ce chantier nous a bien fait saisir notre essentielle fragilité, la nécessité de l’autre et le baume apaisant que sont les petites mains qui

s’activent aux tâches ingrates car évidentes ou invisibles. Deux adolescents et une femme kabyles nous ont notamment rejoints un moment. Ils se sont particulièrement affairés à rendre la maison vivable malgré les travaux. Lavant la salle de sa lourde poussière pour que nous puissions nous mettre les pieds sous la table et nous restaurer du repas qu’ils avaient préparé. Epongeant les fuites et notre fatigue ; nous portant au moment où la faiblesse et la lassitude pointent, le rafraichissement et l’encouragement salvateur.

kabylie

Ainsi nous avons restauré comme nous pouvions par l’alliance de nos talents, forces et peines. Par la grâce et le burin. Dans l’espérance que ce service rendu par tous ceux qui sont montés cet été ne soit qu’une première marche et que l’initiative ait des suites, que le chantier trouve d’ici l’automne de nouveaux volontaires pour avancer ce qui a juste été commencé. La porte est ouverte !

 

Tibhirine

Tibhirine

Ainsi la Cathédrale du Sacré Cœurd’Alger  a, au premier coup d’œil, des airs de mausolée… La grande cheminée lugubre, la noirceur d’entrailles mortes…

SacreCoeur

Mais si l’on lève la tête on découvre la source de la lumière, ce regard percé dans l’épaisseur de nos murailles qui éclaire jusqu’aux Très-bas que nous sommes, où nous sommes. Et malgré le labyrinthe, Le Chemin ne part-il pas, ne mène-t-il pas à l’Ecclesia Sancta ?

Mosaique

Que la Paix soit sur cette maison

Madame l’Afrique, priez pour nous

 

William

pour Foucauld, Victor, Camille, Clément et Antoine

 

N.B. Texte initialement publié dans la revue du Diocèse d’Alger

William
Auteur : William
Serviteur Inutile
Partager cet article sur :  Google +  Facebook  Twitter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

La modération des commentaires est activée. Votre commentaire peut prendre un certain temps avant d'apparaître.