Exclu le chrétien en nous

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Publié le 26 mars 2018 Aucun commentaire

Le christianisme est dans cette civilisation comme l’énergie nucléaire dans une centrale. Il est à la fois ce qui l’anime et ce qu’elle cherche à contenir. Cette civilisation ne tolère l’énergie chrétienne que sous la chape de son paganisme, ne cessant dans le même geste de le glorifier et de le profaner. L’exemple le plus frappant aujourd’hui est ce gallicanisme qui porte haut les valeurs chrétiennes tout en méprisant l’hospitalité évangélique. La Raison d’Etat et sa police ont utilisé leur ennemi historique à leur profit, ravalant toute exigence chrétienne au rang de « leçon de morale ». La morale serait à les entendre une opinion privée, relative à des choix individuels contingents. C’est pourquoi être chrétien aujourd’hui n’est pas choisir de défendre les valeurs de la civilisation, mais voir que le déploiement de l’énergie évangélique conduirait à l’explosion douce de celle qui ne l’utilise qu’en la retenant.

Un prêtre meurt en martyr, égorgé à genoux après avoir dit sa dernière messe. Un homme meurt en héros, donnant sa vie contre celle d’une inconnue. Deux gestes sublimes. Mais dans les deux cas on entend la même récupération odieuse, s’appuyant sur ces gestes saints pour lancer un appel pressant à chasser les étrangers, et en particulier les musulmans. Des hommes donnent leur vie, indiquant qu’une vie ne vaut pas par elle-même – par son identité – mais au contraire par son geste de se laisser transformer par l’autre – par sa Passion –, et l’on entend les appels à traquer l’ennemi intérieur, niché chez les immigrés, mais aussi les gauchistes, voire même les papistes, et puis aussi chez ceux qui sont trop fragiles – comment ne pas voir que la notion d’ennemi intérieur suppose une traque sans fin de celui qui ne défend pas assez l’identité ? Le christianisme au contraire ne repose pas sur la logique du propre, mais sur celle de la greffe (Epître aux Romains, chapitre 11). Le chrétien n’est jamais lui-même, précisément parce qu’il n’est pas enraciné mais greffé. On pourrait même dire qu’il est greffé sur l’exil des juifs.

Si l’on écoute le Président des Etats-Unis, le geste héroïque du gendarme nous enjoindrait à fermer davantage nos frontières. Si l’on regarde Twitter, belle représentation du gros animal que Platon appelait l’opinion, cela suffit à montrer à l’œuvre cette inclusion-excluante du christianisme : on glorifie l’héroïsme de ce gendarme au sens chrétien du terme, et c’est juste parce qu’effectivement il donne sa vie pour ceux qu’il ne connaît pas ; mais on on le fait comme s’il était un héros au sens païen, grand seulement par son courage. Cet homme est pourtant bien un signe des temps : voilà un homme qui a dépassé l’héroïsme païen, fondé sur le courage, magnifié dans le courage militaire, pour l’héroïsme chrétien, fondé sur le don de soi, glorifié par la Croix. Voilà un homme qui a choisi de tout donner pour laisser la vie sauve à une inconnue, que certains glorifient au profit de leur haine de l’étranger. Faut-il que la sagesse chrétienne soit devenue folle pour qu’elle ressemble à ce point chez certains à la sagesse du monde ?

Paulux69
Auteur : Paulux69
Paul, Président des Alternatives Catholiques.
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