Faut-il sauver l’autorité ?

L’autorité est un concept qui paraît aujourd’hui aussi central que sclérosé. Est-elle pour autant dépassée ? Il semble possible de la refonder en prenant en compte les nouvelles exigences d’accomplissement individuel, pour reconfigurer les relations d’autorité, mais aussi en regardant tout autant vers les Anciens que vers le Christ, qui est en définitive la seule autorité véritablement vivifiante, comme Verbe incarné qui se livre sur la Croix.

Où est donc passée l’autorité ? L’heure semble être à la nostalgie de l’époque où celle-ci avait encore un sens, parce qu’alors on la respectait vraiment, n’est-ce pas : « Tiens tiens, les pensionnats / Les chanteurs à croix bois, les taloches, les coups d’trique, la IIIe République », se moquait gentiment Vincent Delerm il y a déjà une dizaine d’années, à propos de cette époque bénie où les jeunes générations savaient reconnaître qui était aux commandes et exerçait une « saine » autorité.

Aujourd’hui, on semble osciller entre la volonté de se libérer pour de bon de toute autorité aliénant l’épanouissement de sa liberté, et le volontarisme à tout crin visant à rétablir notamment « l’autorité » notamment celle de l’État, sous forme de coups de menton virils n’abusant pas grand monde mais avec une violence certaine dont la légitimité pose question.

Que faire donc de cette autorité moribonde ? L’achever pour de bon ? La réanimer à toute force tel un monstre du Docteur Frankenstein ? Et en tant que chrétiens, qu’avons-nous à dire ? S’agit-il de restaurer l’autorité hiérarchique et de façon générale un ordre social bien compris, dans une France prétendument rechristianisée et forte de son identité bien assumée ? S’agit-il au contraire de libérer les consciences de toute contrainte passéiste et rétrograde en faisant émerger l’individu autonome ?

Pour sortir de cette dialectique dont les deux termes sont aussi faussés l’un que l’autre, il convient sans doute de reconnaître que l’autorité que l’on prétend généralement restaurer est bel et bien morte, mais que de la mort de cette autorité peut resurgir une appréciation purifiée de cette notion qui, bien comprise, demeure essentielle. N’est-ce pas celle qu’ont reconnue au Christ ceux qui l’entendaient, comme une puissance de vie contre les sépulcres blanchis des scribes et des pharisiens ?

L’autorité sclérosée

L’autorité telle qu’on l’a longtemps entendue est morte – au mieux, dévitalisée ; à tout le moins, elle est en crise radicale. Les recettes habituelles semblent ne plus fonctionner. Plutôt que d’accuser ceux qui ne l’acceptent plus, il faut se demander ce qui a changé pour qu’elle ait ainsi cessé d’être recevable. [1]

Le modèle que l’on voudrait garder a été celui que l’on pourrait reconnaître en Abraham : Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac ; va-t-en au pays de Moriah et là, offre-le en holocauste sur l’une des montagnes que je te dirai (Gn 22, 2). Et Abraham va sacrifier son fils, sans sourciller ni se rebeller, parce que le Seigneur le lui a demandé. Puisque j’ai confiance en l’autorité, je me dois d’accomplir ce qui m’est commandé, jusqu’au sacrifice de moi-même ou des autres s’il le faut dans les cas les plus extrêmes. Passons sur les résurgences les plus manifestes que cela a pu avoir dans des systèmes politiques sacrifiant l’individu sur l’autel de l’État : cette vision s’est en réalité imposée plus largement dans nos sociétés, en particulier autour de figures diverses placées au service de la communauté, que ce soit l’agent de police ou l’enseignant, investis par délégation de l’aura de la société. C’est ce côté IIIe République que tant semblent regretter aujourd’hui.

Ce que Dieu veut, Dieu le veut. Ou finalement pas.

Dans ce modèle, le bien-fondé de l’autorité, ou en l’occurrence des autorités, est reconnu par principe. Pour que cela tienne, en effet, « il faut que tout détenteur de l’autorité dans la société (roi, prêtre, juge, professeur, père, etc.) soit un simple porte-parole de la Loi, investi d’une portion de son infinité qui le place infiniment au-dessus de ceux auxquels il donne ses ordres » (Carlos Tinoco, p. 221). Et si l’on subit cette autorité, enfant, ou quand on est tenu d’obéir à l’une de ses incarnations, on peut à son tour être ou devenir autorité pour d’autres, en exerçant par exemple son autorité d’adulte ou de parent. L’obéissance est attendue sans question possible, avec comme seule atténuation la possibilité d’être à son tour en position de l’exiger d’une autre personne située en position d’infériorité. Et tant pis pour ceux qui resteront toujours l’inférieur d’un autre : dura lex, sed lex. Le respect demandé est une soumission, au nom de la Loi, au nom de l’intérêt général, au nom d’un ordre transcendant.

Dans cette vision, s’il y a des conflits, des questions nouvelles qui surgissent, la solution ne sera donnée que de façon verticale, par ceux qui sont investis de l’autorité pour cela – au risque, il est vrai, de ruptures ou de schismes quand ces personnes choisissent de refonder l’ordre sur d’autres bases. Pour autant, le principe même de l’autorité n’est alors pas tant remis en cause qu’éparpillé.

La rupture qui s’est produite est l’émergence d’une société dont le fondement est l’individu, sujet réclamant des droits, comme le rappelait encore Pierre Manent au Collège supérieur le 4 janvier dernier, et non plus le citoyen, animal politique et rationnel, inséré dans un corps social et politique. Ce basculement d’un modèle censé éliminer l’inimitié, pour vivre entre amis, à un modèle fondé sur la concurrence d’individus semblables entre eux, a comme expression la plus manifeste le commerce, « profession des gens égaux » selon Montesquieu. La parole politique, rappelait Pierre Manent, n’est pas seulement vouée à rassembler des informations permettant au « man on the spot », représentant l’idéal de la société marchande, de prendre les meilleures décisions économiques : elle doit aussi permettre d’encourager la délibération et la prise de décision pour que les citoyens puissent agir en vue d’un horizon commun que le marché est incapable de produire. Or, la légitimité d’une action, et plus largement les formes d’autorité, ne sont plus cherchées au sein d’un corps social et politique, mais au dehors – la politique est sommée de s’adapter à la nécessité que représente la mondialisation (là où l’enjeu, précise Pierre Manent, serait non pas de refuser de s’adapter, mais de déterminer le sens de l’adaptation que nous choisissons d’opérer).

« Le retour à ces institutions à la fois intérieures et extérieures ne paraît pas plus envisageable que la revitalisation des systèmes politiques actuels en l’état actuel des choses. »

Pierre Manent note la disparition d’institutions qui soient à la fois intérieures et extérieures au corps politique, comme les dynasties royales européennes, qui ont laissé la place à des démocraties puisant leur légitimité en elles-mêmes, mais désormais elles-mêmes déconsidérées par l’appel à reconnaître une légitimité extérieure (la mondialisation, l’économie…). La crise paraît en réalité plus profonde : le retour à ces institutions à la fois intérieures et extérieures ne paraît pas plus envisageable que la revitalisation des systèmes politiques actuels en l’état actuel des choses. Le roi comme le président, pour ne pas parler des ministres et autres autorités, se voient largement déconsidérés.

Autorité et épanouissement personnel

Ce qui primait était le devoir, c’est aujourd’hui le bonheur de chacun par un accomplissement qui lui est propre et que personne ne saurait lui dicter. De fait, on constate deux bouleversements. Le premier est que « le mouvement de laïcisation de la Loi est parvenu à un point tel que nous ne parvenons même plus à substituer une instance supérieure crédible à ce Dieu que nous avons enterré. […] Non seulement nous refusons de recevoir notre Loi sous forme d’une prétendue parole révélée, mais surtout nous fondons la discussion sur l’absence de toute référence qui nous permettrait de trancher avec certitude », comme le montrent tous les débats éthiques et sociétaux. « Seul demeure notre désir collectif : dans quelle société, avec quelles règles, voulons-nous vivre ? »

Le deuxième, qui rejoint les analyses de Pierre Manent, est que « l’idéologie libérale – comme système de pensée cohérent permettant de construire le bonheur collectif à partir du marché – est en miettes : tout le monde a admis depuis longtemps que les axiomes qui rendaient le mécanisme possible dans la pensée d’Adam Smith sont faux ou irréalisables. »

La conséquence est claire : « dans la sidération du vide, on observe, comme toujours, une crispation toujours plus grande autour d’éléments signifiants qui permettent en urgence de masquer la béance : il faut toujours plus de statistiques ou de paroles d’experts à l’appui de la parole politique, pour continuer encore un peu à croire qu’une rationalité y est à l’œuvre. »

Ce problème se manifeste de façon essentielle et caractéristique dans l’inversion de ce que Tinoco appelle la « dette symbolique » entre parents et enfants. De Rodrigue aux crimes pour l’honneur, la société occidentale rejette désormais, et personne ne s’en plaindra, l’idée qu’un enfant doive tout à sa famille et ses ascendants, jusqu’à sa vie que l’on peut lui reprendre s’il risque de leur causer du tort. Auparavant, le père pouvait, sinon mettre à mort ses enfants comme le pater familias romain, du moins détruire ou nier presque complètement la relation de filiation, ce qui s’avérait socialement destructeur. Aujourd’hui, la naissance d’un enfant est reçue comme un choix à assumer, qui induit une responsabilité. Cela n’annule naturellement pas, dans les représentations, tout idée de dette ou de reconnaissance des enfants envers leurs parents, mais « cette dette ne trouve plus, dans le discours général sur l’ordre social, de quoi s’exprimer, sinon s’incarner. » (Tinoco, p. 226).

Auparavant, l’autorité reposait sur une confiance en la Loi : l’enfant craignait la punition, mais il pouvait « trouver refuge dans l’image d’une figure parentale forte, qui sait ce qui est bien. » La paire de claques ou la fessée, du reste en voie d’interdiction définitive chez nous, ne fonctionnaient pas en tant que telles, mais comme premier degré d’une échelle de sanctions pouvant conduire à une violence aujourd’hui inimaginable. Aujourd’hui, la gifle ne serait plus adressée dans la certitude d’être le dépositaire de la Loi, mais infligée sur fond de sentiment d’échec et de culpabilité, sur lequel l’enfant n’hésite pas à jouer avec une lucidité parfois étonnante sur les failles de l’autorité. Et pour peu qu’un accès de violence soudaine constitue une réelle menace de mort implicite contre l’enfant, momentanément terrorisé, il ne fait que manifester l’impuissance totale de l’autorité supposée lui donner des repères. Le résultat est qu’il devient encore plus nécessaire pour l’enfant de résister à cette autorité destituée et de la provoquer, pour tenter de retrouver en elle un repère qui l’aide à se constituer comme Sujet.

À la place de la dissymétrie entre le savoir de l’autorité et l’ignorance de celui qui s’y soumet, on observe désormais un questionnement depuis deux points différents : certains y voient l’abomination de l’abomination soixante-huitarde selon laquelle tout serait désormais négociable, l’autorité à l’ancienne et la relation contrainte ayant laissé la place à la relation purement contractuelle.

« Dans le désir, il y a une relation entre deux sujets. »

Or la négociation, qu’elle soit directe (ce qui nécessite des conditions particulières pour être mise en place) ou indirecte (l’échange de bons procédés : « un gâteau si tu es sage ») n’est pas tant l’enjeu, que l’investigation sur le désir de deux sujets : qu’est-ce que je veux vraiment ? Qu’est-ce que l’autre veut vraiment en voulant le contraire ? Dans le désir – René Girard en a suffisamment parlé –, il n’y pas seulement relation à un objet de désir, il y a une relation entre des sujets : toute demande concernant un objet est aussi adressée à un sujet, et le conflit sur un objet est souvent d’abord un conflit entre sujets, une épreuve de la relation et de la capacité de l’autre à entendre.

Une demande peut ainsi ne pas être rationnelle sans pour autant constituer un simple caprice : « reconnaître l’enfant comme Sujet, ce n’est pas négocier avec lui, c’est l’autoriser et l’aider à tenir un discours sur son désir. » Ainsi seulement peut se développer une confiance réciproque qui « n’est pas à comprendre sur le modèle du marché. Elle n’est pas la confiance de deux individus autonomes, symétriques, qui commercent ensemble à intervalles réguliers. Ici, il s’agit de la confiance de deux Sujets qui sont engagés dans une relation symboliquement très forte : celle entre un parent et son enfant. Elle implique une dissymétrie fondamentale, mais dissymétrie ne signifie pas incommensurabilité. »

L’affrontement éventuel se fait ainsi avec l’autre en tant que Sujet, le refus d’accéder à son désir ne nie pas son statut de sujet. La position de l’adulte quant aux règles qu’il définit peut être arbitraire, être une affirmation de sa propre subjectivité, une conséquence de sa propre histoire, mais alors l’enfant reste en position de s’y opposer, et de fonder un autre ordre à son tour, une fois adulte. La dissymétrie demeure donc dans toute relation d’autorité, mais l’enjeu pour celui qui l’exerce, plus que dans l’appropriation d’un discours d’autorité, est « dans [sa] capacité à investir la position adéquate », c’est-à-dire à respecter en celui dont il est responsable le statut de sujet.

Sur quel modèle alors se régler pour apprendre à exercer cette autorité nouvelle qui semble renverser l’ordre ancien ? Et, à l’opposé, qu’est-ce qui fait que l’on reconnaît une telle autorité au point de lui obéir, dans le respect de l’autonomie et du respect que nous réclamons ?

Le rêve de tout enseignant : « Quel est donc celui-ci, à qui obéissent même le vent et la mer ? » (Mc 4, 41)

L’autorité vivifiante : Jésus, Verbe incarné offert pour nous sur la Croix

Ce que nous cherchons, c’est une autorité proprement vivante et juste. Il n’est sans doute pas inutile de regarder du côté des Anciens pour en renouveler la compréhension :  ainsi le terme d’auctoritas, dérivé du verbe augeo, qui signifie « augmenter », décrit le fait d’ajouter de la valeur à quelque chose, en s’en rendant le garant – par exemple, pour une œuvre dont on se déclare l’auteur, et qui se trouve ainsi validée et rendue plus fiable.

Appliquée aux personnes, l’autorité est alors tout autre chose qu’une contrainte descendante : elle est au contraire ce qui élève et améliore une personne. Avoir autorité sur quelqu’un, c’est l’aider effectivement à croître. Ce que nous tentons péniblement aujourd’hui de mettre en lumière, dans la relation juste entre deux sujets placés dans une situation dissymétrique, est déjà pleinement présent dans le terme latin.

Le terme grec, exousia, est encore plus riche de sens : il évoque un pouvoir, entendu étymologiquement au sens d’une capacité, autrement dit une forme de permission ou de liberté. Dans une dimension abusive, il peut certes désigner une forme de tyrannie. Mais c’est aussi le terme qui permet de reconnaître ce que l’enseignement de Jésus a d’absolument singulier : Après que Jésus eut achevé ces discours, la foule fut frappée de sa doctrine ; car il enseignait comme ayant autorité, et non pas comme leurs scribes (Mt 7, 28-29) – la Vulgate parle ici de potestas, c’est-à-dire une forme de puissance légitime, qui autorise ou est autorisée. Les scribes savent et enseignent, mais cet enseignement est figé, mort et donc potentiellement mortifère. Jésus n’hésite pas à enjoindre de faire ce que disent les scribes et les pharisiens, qui est légitime, mais sans se régler sur leur attitude, qui est fausse ou hypocrite (Mt 23, 1-7).

« Jésus n’entend pas supprimer la Loi mais en restituer la signification première. »

Ce qui est propre à Jésus, c’est d’être autorisé à parler et d’être libre par rapport à la Loi, non pour s’en affranchir, mais pour lui redonner constamment un sens vivant, non pas en fonction d’arrangements légaux, mais en fonction de l’appel qu’elle constitue. Ainsi peut-il affirmer, à propos de la répudiation : « C’est à cause de la dureté de votre cœur que Moïse vous a permis de répudier vos femmes ; au commencement, il n’en était pas ainsi » (Mt 19, 8). Jésus n’entend pas supprimer la Loi mais en restituer la signification première, celle qui « au commencement », à l’origine, dans le projet divin, est source de vie.

C’est en ce sens que son autorité rejoint nos préoccupations contemporaines sur l’autorité comme rencontre de deux subjectivités, sources de désirs, et dont l’une doit être une aide pour la croissance de l’autre. Entre le juridisme stérile et le rejet de la Loi, de la volonté du Père, il dessine un chemin consistant bien souvent à creuser le désir le plus profond enfoui dans les cœurs, pour qu’il vienne répondre à l’appel du Père.

C’est le sens magnifique du dialogue avec la Samaritaine, qu’il commence par reconnaître comme une véritable personne : Comment toi, qui es Juif, me demandes-tu à boire, à moi qui suis une femme samaritaine ? (Jn 4, 9). Puis il l’amène progressivement, en interprétant et en actualisant la compréhension des traditions scripturaires et orales sur le puits de Jacob, à exprimer son désir d’une eau vivifiante, et aussitôt à reconnaître qu’elle en est à son sixième homme, le dernier n’étant pas même son mari : la quête du véritable époux qui comblera son cœur n’est pas encore achevée. Et tout naturellement le dialogue avec celui qu’elle reconnaît comme prophète s’ouvre sur la question du véritable culte à rendre à Dieu, en esprit et en vérité (Jn 4, 23). Insensiblement, Jésus s’est révélé par le dialogue avec la Samaritaine comme son baal, c’est-à-dire à la fois son mari (le septième, chiffre de l’accomplissement) et son Dieu. Il a su conjuguer la compréhension vivante de la Tradition et la connaissance du cœur de la Samaritaine (cf. Jn 2, 25 : il n’avait pas besoin qu’on lui rendît témoignage d’aucun homme ; car il savait lui-même ce qui était dans l’homme) pour faire émerger son désir le plus profond et l’orienter vers Dieu, qui l’appelle et l’attend.

C’est à ce dialogue que Dieu appelle sans cesse son peuple dans l’Ancien Testament, lui rappelant sa fidélité et le sens de sa vocation. Venez et plaidons ! dit l’Éternel. Si vos péchés sont comme le cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige ; s’ils sont rouges comme la pourpre, ils deviendront comme la laine (Is 1, 18). Quand Israël s’égare, se perd dans ses désirs, se consacre aux idoles, le Seigneur vient non pas pour s’imposer à lui par la force, mais pour l’appeler à échanger, comme dans le célèbre passage d’Osée :

C’est pourquoi voici, je veux l’attirer et la conduire au désert, et je parlerai à son cœur. […] 

En ce jour-là, dit l’Éternel, tu m’appelleras : Mon mari ! et tu ne m’appelleras plus : Mon maître !

J’ôterai de sa bouche les noms des Baals, afin qu’on ne les mentionne plus par leurs noms. […]

Je serai ton fiancé pour toujours ; je serai ton fiancé par la justice, la droiture, la grâce et la miséricorde ; je serai ton fiancé par la fidélité, et tu reconnaîtras l’Éternel (Os 2, 14.16.17.19-20)

Jésus est le Verbe incarné, interprète légitime de la Loi car Parole vivante du Père, celui que les Écritures avaient annoncé : il est donc seul capable de lui donner son achèvement vivifiant. C’est cette autorité qui donne vie et fait grandir, une autorité qui se manifeste dans un don d’amour fidèle, irrévocable.

Plus encore, Jésus accomplit la Loi en sa personne : ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, [il] mit le comble à son amour pour eux (Jn 13, 1). Il ne se contente pas d’être un exemple, une illustration de la façon de bien vivre les commandements de Dieu. Il conduit la Loi jusqu’à son terme, comme révélation de l’amour d’un Dieu qui se donne à l’homme par amour pour le sauver, scellant de façon définitive ce don sur la Croix. L’autorité véritable est donc celle qui, par amour, ne se contente pas de s’incarner et de donner l’exemple en ouvrant la route : elle ne cherche pas à se maintenir elle-même, elle se livre et s’achève dans un don total, pour racheter le pécheur. À toute figure d’autorité, il est rappelé que celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la trouvera (Mt 16, 25).

Ainsi seulement l’autorité elle-même pourra être sauvée.

[1] Nous appuyons les analyses qui suivent sur le chapitre « Le casse-tête de l’autorité » du livre de Carlos Tinoco, Intelligents, trop intelligents (Lattès 2014).

Hieronyme
Auteur : Hieronyme
Homme de l'Antique. Exégète à ses heures.
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