Vincent, la science et la politique.

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Publié le 14 juin 2015 1 commentaire

   Nous avons été très choqués par la vidéo de Vincent Lambert. On y voit en effet un homme, qui cligne des yeux, déglutit, et esquisse une sorte de sourire, les yeux dans les yeux, à son frère. C’est atroce. Le pire, c’est que cela vient contredire notre croyance la plus intime dans le verdict de la Science. Nous avions toute foi en elle quand elle nous disait qu’on pouvait mettre fin aux jours des “légumes” (telle est la vertu botanique de la Science, qui peut dire ce qui est légume et ce qui ne l’est pas). Nous n’avions plus à utiliser le sens commun. Le verdict de la Science était tombé : Vincent Lambert était euthanasiable. Parole d’expert. Alors cette vidéo est vraiment un scandale. Elle a le culot de remettre en question la Science dans sa capacité à se substituer aux raisonnements éthiques.

 

   Il faut l’avouer, nous avons eu comme un bug. Nous ne l’imaginions pas comme ça, le légume. Heureusement, à la télé, ils ont refusé de montrer son visage. Pour protéger la Science, qui est tellement attaquée de nos jours.

 

   D’ailleurs la Science a dit : les mouvements de cils et tout, ce sont des RÉFLEXES. C’est quand même pas dur à comprendre. Tout le monde sait bien que les personnes humaines n’ont pas de réflexes. Donc Vincent Lambert n’est plus une personne. Donc Vincent Lambert est euthanasiable. Voilà.

 

   Mais quand même, nous avons encore un doute. Quand même, est-ce que le regard platement humain que nous posons sur Vincent doit nécessairement avoir moins de valeur que le regard que porte sur lui la Science ? Car après tout, il s’agit de décider, ou de refuser de décider, de ce qu’est une vie humaine.

 

   Et puis, nous qui avions tellement foi dans la Science, nous devrions nous contenter d’un verdict disant qu’il est “quasiment” sûr que son état est irréversible ? Ne faut-il pas lutter contre ce brusque discrédit dans les progrès de la Science ? Car qui dit qu’un état aujourd’hui “quasiment” irréversible ne sera pas demain guérissable ? Qui dit que la Science de demain ne sera pas capable de rétablir les “légumes” dans leur statut de citoyens sujets des droits de l’homme ?

 


 

   Une remarque. Il suffit de critiquer la médecine lorsqu’elle rentre dans le dispositif politique qui consiste à s’arroger la possibilité de déterminer un partage entre les humains et les « légumes », pour avoir les médecins les plus sincères sur le dos. Or il serait temps de sortir du point de vue moral sur la question de l’euthanasie (comme sur d’autres) : ce qui est en jeu n’est pas que les médecins soient bons ou mauvais, mais qu’une décision d’Etat leur donne la possibilité de faire une distinction entre les normaux et les euthanasiables. Ce n’est pas la médecine en tant que telle qui est en jeu, c’est sa position dans un dispositif que certains philosophes appellent le « biopouvoir ». 

 

Paulux69
Auteur : Paulux69
Paul, Président des Alternatives Catholiques.
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Une réflexion sur “ Vincent, la science et la politique. ”

  1. Bravo, dit avec cette humoristique candeur, exactement ce que j’éprouve. Un droit à l’image supérieur au droit à la vie…..des bonnes consciences choquées par un visage humain…une science qui fut bien téméraire et orgueilleuse de réanimer cet homme, sûre de sa puissance alors et qui nous dit aujourd’hui qu’elle sait.
    Mais, je crains que ce cas exposé et médiatisé ne suive des développements maitrisés pour mieux faire avancer, non pas la sédation mais l’euthanasie. La perspective d’assoiffer cet homme dont on voit les traits et l’humanité si semblable à la nôtre est effrayante et la charité invoquée ne paraît pas très crédible…..alors qu’une petite piqûre rapide serait tellement douce et bienveillante!!!!! Et hop, le tour est joué, le pas est franchi!
    Je suis sidérée aussi d’un argument qui ressort sans arrêt, non pas comme argument mais comme postulat: sa volonté était de ne pas rester en vie, dans cet état. Mais depuis quand la volonté propre est elle un critère déterminant d’action ou d’inaction pour les tiers. Sinon pourquoi faire de la prévention des suicides juvéniles? Pourquoi empêcher les fumeurs de se constituer un bon gros cancer des poumons? Pourquoi imposer des détecteurs de fumée dans des maisons isolées? Pourquoi tenter de sauver un suicidé raté? Il ne me semble pas que la volonté prime sur le serment d’Hippocrate ou sur les lois nationales!

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