Levez les yeux vers le coin de la rue !

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Publié le 4 octobre 2013 Aucun commentaire

Notre amie Floriane, membre des Alternatives Catholiques,  nous envoie cette belle et profonde méditation sur les madones de Lyon, invitation à promouvoir la vocation mariale de la capitale des Gaules.


Lyon a perdu ses couleurs de Méditerranée, des courants d’air humides nous soufflent dans le cou, et nous contemplons en grognant le bout de nos chaussures imprégnées d’eau de pluie. Et pourtant, si nous cessons un instant de courir (le fou n’aime pas la marche…) et levons seulement le nez, leur regard bienveillant nous console de l’arrivée brutale de l’automne. Impassibles, elles ne demandent rien si ce n’est un bref regard du passant, à qui elles rappellent l’essentiel. Ce sont les madones de Lyon : comme la Vierge dont elles sont l’image, elles sont là en servantes, selon l’origine même du mot « servus », le gardien de la maison, qui sert et qui conserve tout à la fois.

Ces statues de la Vierge, ou parfois de saints (saint Joseph notamment, mais on trouve aussi sainte Catherine, sainte Agathe, saint Étienne, et d’autres encore), nichées dans des angles de rue ou surmontant des portes d’immeuble, témoignent de la dévotion mariale si chère aux Lyonnais depuis le vœu des échevins de 1643. Si la fête du 8 décembre devenue Fête des lumières est particulièrement bruyante et saturée, les madones, elles, éclairent de façon beaucoup plus discrète nos façades, tout au long de l’année. Elles ne s’imposent pas, ne démontrent rien : prière silencieuse, elles se contentent de rappeler aux Lyonnais le souvenir de la mère de Dieu, chemin vers le Ciel, en ces lieux où précisément nous cheminons tous les jours. Cette tradition des statues de rue, sans être propre à Lyon (on en trouve aussi bien à Marseille, Dijon, Aix-en-Provence…), participe de l’identité de la ville, lui donne son âme. Parfois remarquables comme la sainte Catherine d’Alexandrie de la rue d’Algérie réalisée par Fabisch en 1866, quelques années après la Vierge de Notre Dame de Fourvière, plus souvent anonymes et dépourvues de valeur artistique, elles retracent humblement l’histoire de la ville, de son urbanisme, de sa vie spirituelle.

C’est surtout à partir du XVIIIè siècle que fleurissent les madones lyonnaises : la bourgeoisie prospère se construit des maisons et les décorent avec ces statues, se plaçant ainsi sous la protection de la Vierge ou de la sainte Famille. Expression particulière de la foi commune, ces statues de façade, entre l’espace public de la rue et l’espace privé de la maison, sont une façon de marquer sa demeure, d’entrer dans une tradition tout en faisant, souvent, preuve d’originalité. À l’occasion des travaux d’urbanisme du XVIIIè et XIXè, la tradition se poursuit : lorsqu’on perce une nouvelle rue pour faire respirer les ruelles médiévales du centre-ville, on place à l’intersection une statue, les yeux tournés vers la rue qu’elle protège. On voit ainsi parfois une Vierge qui regarde dans une direction, et l’Enfant de l’autre (un bel exemple se trouve dans l’église Saint-Nizier, à droite du chœur : cette imposante statue d’Antoine Coysevox se trouvait à l’origine à un angle de la rue du Bât-d’Argent). Depuis la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception en 1854 et l’inauguration du nouveau clocher de Fourvière le 8 décembre 1852, les madones font écho à la statue dorée de la Vierge qui domine la ville, renforçant les liens entre la cité marchande au ras des fleuves et la « colline qui prie » plus proche du ciel. Mais où sont-elles donc ? Partout dans Lyon, pour peu qu’on y regarde bien : en majorité dans le Vieux Lyon, la presqu’île et la Croix-Rousse, mais on en trouve également dans les quartiers plus récents du 7e et du 8e arrondissements (trois statues rien que pour la rue Sébastien Gryphe). Vous connaissez sans doute les trois Maries de la rue du même nom, dans le quartier saint Jean. Mais avez-vous repéré la Vierge de la rue Sainte-Catherine (à l’angle, derrière les panneaux publicitaires…), ou encore la sainte famille à l’intersection de la rue de la Charité et de la rue Laurencin ? La rue Edouard Herriot ne compte pas moins de six statues et on n’a pas fini de dénombrer celles de la colline de la Croix-Rousse. Une fois le jeu de piste commencé, on les voit partout ! On voit malheureusement aussi beaucoup de niches vides : ces statues souvent abîmées, remplacées, retirées à nouveau, rénovées encore, dépendent du bon vouloir des habitants et subissent les aléas du climat et de l’histoire.

Depuis 2009, l’association lyonnaise « Les Madones de Lyon » se propose d’aider et d’informer ceux qui voudraient participer à la sauvegarde et à la rénovation de ce patrimoine, qui ne demande qu’à redevenir une tradition. Elle organise des visites guidées pour parcourir la ville de madone en madone ; un guide a été édité par le diocèse et indique les itinéraires les plus intéressants, pour des jeux de piste en famille ou des flâneries solitaires, accompagné d’explications historiques. Et pour conclure cette invitation à élever le regard, réécoutons le psaume 121 mis en musique par Mendelssohn et chanté, comme il se doit, par des voix d’enfants : « Je lève les yeux vers les montagnes ! ».

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Auteur : Floriane
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