{"id":7914,"date":"2019-06-26T15:33:53","date_gmt":"2019-06-26T13:33:53","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lesalternativescatholiques.fr\/?p=7914"},"modified":"2019-06-27T14:11:33","modified_gmt":"2019-06-27T12:11:33","slug":"journee-simone-weil-delivrer-du-malheur-la-politique-impossible-par-anne-waeles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lesalternativescatholiques.fr\/?p=7914","title":{"rendered":"D\u00e9livrer du malheur : la politique impossible, par Anne Waeles. [Journ\u00e9e Simone Weil]"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Ce texte est la trace de l&rsquo;intervention d&rsquo;Anne Waeles lors de la journ\u00e9e Simone Weil num\u00e9ro 2 qui a eu lieu au Simone, \u00e0 Lyon, 45, rue Vaubecour. <\/em><\/p>\n<p><strong>Introduction<\/strong>&nbsp;:<\/p>\n<p>&gt; L\u2019an dernier j\u2019avais analys\u00e9 ce qu\u2019est l\u2019attention chez Weil et la dimension politique de cette vertu. Vertu politique en ce que l\u2019attention aux malheureux est un des plus haut degr\u00e9 de l\u2019attention, et que c\u2019est aussi le sommet de la politique que de savoir percevoir le malheur de quelqu\u2019un, de lui demander \u00ab&nbsp;quel est ton tourment&nbsp;?&nbsp;\u00bb, et de prendre en charge ce malheur.<\/p>\n<p>&gt; Simone Weil dit que pr\u00eater attention aux personnes qui sont dans le malheur est une chose quasi-impossible, car elle est impossible pour ceux qui ne connaissent pas le malheur (notre \u00e2me fuit le malheur, y r\u00e9pugne), et que ceux qui traversent le malheur sont rendus incapables d\u2019aimer et de pr\u00eater attention aux autres. Mais Simone Weil dit aussi que pr\u00eater attention aux malheureux, et prendre en charge leur malheur est la seule v\u00e9ritable question politique. Donc il semble que la politique soit impossible&nbsp;!<\/p>\n<p>&gt; Ce qui redouble le paradoxe c\u2019est que l\u2019attention aux malheureux est possible \u00e0 la limite pour des individus. Un individu peut \u00eatre attentif aux malheur des autres si c\u2019est le Christ qui aime \u00e0 travers lui. <strong>Il semble donc que la mission politique v\u00e9ritable ne puisse \u00eatre accomplie que par des saints, et jamais par des collectifs. Peut-on encore parler de politique&nbsp;?<\/strong><\/p>\n<p>Toute action collective semble condamn\u00e9e \u00e0 ne pas pouvoir prendre en charge ceux qui souffrent du malheur, et m\u00eame peut-\u00eatre \u00e0 accroitre le malheur ou \u00e0 en causer de nouveaux&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol>\n<li><strong><u> Le paradoxe de la politique impossible<\/u><\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p><strong><u>&nbsp;<\/u><\/strong><\/p>\n<ol>\n<li><strong> Pr\u00eater attention aux personnes qui sont dans le malheur&nbsp;: la seule v\u00e9ritable politique<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Savoir quel est le malheur des hommes est la question politique par excellence pour Simone Weil. Question politique par excellence&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quel est ton tourment&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Parce que les fins de la politique sont de r\u00e9pondre aux besoins des hommes, les besoins de l\u2019\u00e2me et du corps. C\u2019est le d\u00e9but de <em>L\u2019Enracinement<\/em>&nbsp;: nous avons des obligations envers les autres hommes, qui consistent \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 leurs besoins. Les obligations sont pr\u00e9alables \u00e0 la question des droits.<\/p>\n<p>\u00c9thique et politique sont indissociables chez Simone Weil.<\/p>\n<p>Pour cela il faut savoir pr\u00eater attention aux malheureux. Savoir quel est le malheur qui touche les gens autour de nous, et quel est le malheur de notre \u00e9poque.<\/p>\n<p>(Cette question est celle de <em>L\u2019Enracinement&nbsp;<\/em>: Weil se demande quel est le tourment des hommes de son temps et comment y r\u00e9pondre. Le malheur, c&rsquo;est le d\u00e9racinement.)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019attention au malheureux c\u2019est \u00eatre capable de pr\u00eater attention aux individus, aux personnes malheureuses, en tant que personnes, et non comme personne qui a \u00e9t\u00e9 touch\u00e9e par le malheur en g\u00e9n\u00e9ral, pas comme exemplaire du malheur (ce que nous faisons la plupart du temps). Il faut savoir poser la question&nbsp;: Quel est <strong>ton<\/strong> tourment&nbsp;?<\/p>\n<p><strong>Cette connaissance exp\u00e9rimentale est la seule \u00e0 m\u00eame de ne pas enfermer le politique dans une connaissance technique, instrumentale, d\u00e9connect\u00e9e de ses fins qui sont les besoins de l\u2019ho malheureux.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Le probl\u00e8me central de la politique&nbsp;: l\u2019inversion des fins et des moyens.<\/strong> (l\u2019\u00e9conomie, l\u2019arm\u00e9e etc. tous les moyens mat\u00e9riels ont pour fin les besoins de l\u2019homme). Pour ne pas perdre de vue les fins, il faut avoir cette attention constante aux personnes qui sont dans le malheur.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s difficile&nbsp;:<\/p>\n<p>&#8211; la plupart du temps on n\u2019a pas conscience de l\u2019existence des malheureux. Quelque chose en nous r\u00e9pugne \u00e0 les voir.<\/p>\n<p>&#8211; si on per\u00e7oit les malheureux on ne les per\u00e7oit que comme des exemplaires du malheur.<\/p>\n<p>Id\u00e9e que le malheur est loin de nous, frappe des personnes qui sont comme diff\u00e9rentes de nous par nature, qui appartiennent \u00e0 une autre esp\u00e8ce d\u2019hommes, et qu\u2019ils sont comme responsables de leur malheur. Ce qui permet \u00e0 tous de garder une bonne conscience, et de se d\u00e9responsabiliser. (\u00ab&nbsp;Suis-je la gardien de mon fr\u00e8re&nbsp;?&nbsp;\u00bb)<\/p>\n<p><strong>L\u2019attention aux malheureux est tr\u00e8s difficile sauf que si nous n\u2019avons pas cette attention nous n\u2019accomplissons jamais aucune action politique, mais nous nous mettons au service des moyens de la politique, ce qui est totalement absurde.<\/strong><\/p>\n<p>Enracinement : \u00ab&nbsp;L\u2019esprit exprim\u00e9 par les mots&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;Politique d\u2019abord&nbsp;\u00bb s\u2019\u00e9tait \u00e9tendu beaucoup plus loin que l\u2019influence m\u00eame de Maurras. Or ces mots expriment une absurdit\u00e9 car la politique n\u2019est qu\u2019une technique, un recueil de proc\u00e9d\u00e9s. C\u2019est comme si l\u2019on disait&nbsp;: \u00ab&nbsp;m\u00e9canique d\u2019abord&nbsp;\u00bb. La question qui se pose imm\u00e9diatement est&nbsp;: Politique en vue de quoi&nbsp;?&nbsp;(\u2026) La politique r\u00e9aliste n\u2019a de sens que si cette question n\u2019est pas pos\u00e9e.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Ici \u00ab&nbsp;politique&nbsp;\u00bb prend le sens des moyens de la politique, non de ses fins. La politique&nbsp;: l\u2019organisation des moyens au service des besoins de tout homme.<\/p>\n<p>Renversement des fins et des moyens&nbsp;: la politique devient service des moyens, simple lutte pour l\u2019obtention et la conservation du pouvoir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"2\">\n<li><strong> Cette attention est impossible<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Amour de Dieu et le malheur (ADM) <\/em>&nbsp;:<\/p>\n<p><em>Ceux qui ont bcp souffert mais n\u2019ont jamais eu contact avec le malheur n\u2019ont aucune id\u00e9e de ce que c\u2019est. Et ceux qui ont \u00e9t\u00e9 mutil\u00e9s par le malheur sont hors d\u2019\u00e9tat de porter secours \u00e0 qui que ce soit, et presque incapables de le d\u00e9sirer. <strong>\u00ab&nbsp;Ainsi la compassion \u00e0 l\u2019\u00e9gard des malheureux est une impossibilit\u00e9.&nbsp;Quand elle se produit vraiment, c\u2019est un miracle.&nbsp;\u00bb<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol>\n<li><strong> \u00e0 ceux qui ne connaissent pas le malheur &nbsp;:<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p><strong>&#8211; <\/strong>car quelque chose en nous r\u00e9pugne au malheur, par nature nous fuyons le malheur, notre sensibilit\u00e9 y r\u00e9pugne.<\/p>\n<p>ADM&nbsp;:<\/p>\n<p><em>Tout le m\u00e9pris, la haine, la r\u00e9pulsion que notre raison attache au crime, notre sensibilit\u00e9 l\u2019attache au malheur. \u00ab&nbsp;Except\u00e9 ceux dont le Christ occupe toute l\u2019\u00e2me, tout le monde m\u00e9prise plus ou moins les malheureux, quoique presque personne n\u2019en ait conscience.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&#8211; car on ne peut pas conna\u00eetre le malheur par la pens\u00e9e<\/p>\n<p>ADM&nbsp;:<\/p>\n<p><em>\u00ab&nbsp;Il est impossible de conna\u00eetre le malheur sans l\u2019avoir travers\u00e9, car la pens\u00e9e r\u00e9pugne au malheur.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&#8211; cons\u00e9quence&nbsp;: ceux qui ne connaissent pas le malheur ne voient pas le malheur des hommes mais remarquent seulement qu\u2019ils ont un comportement \u00e9trange.<\/p>\n<p>&nbsp;ADM&nbsp;:<\/p>\n<p><em>\u00ab&nbsp;On passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des malheureux sans s\u2019en apercevoir. L\u2019homme n\u2019est pas capable de les discerner, (sauf si le Christ regarde par ses yeux). On remarque seulement qu\u2019ils ont un comportement \u00e9trange et on bl\u00e2me ce comportement.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong>Ainsi ceux qui ne connaissent pas le malheur bl\u00e2ment le malheureux pour les cons\u00e9quences du malheur, ce qui le d\u00e9sengage tout \u00e0 fait, le d\u00e9responsabilise enti\u00e8rement de sa mission politique.<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Il est impossible de pr\u00eater attention aux malheureux comme personnes. On les per\u00e7oit toujours comme des exemplaires du malheur, car le malheur a cet effet de d\u00e9personnalisation des individus. Ainsi le malheur n\u2019est qu\u2019une abstraction. Quelque chose qui ne nous concerne pas mais concerne une autre classe d\u2019hommes.<\/p>\n<p>ADM&nbsp;:<\/p>\n<p><em>\u00ab&nbsp;Le malheur est essentiellement destruction de la personnalit\u00e9, passage dans l\u2019anonymat. Le malheureux est vid\u00e9 de son humanit\u00e9 par mauvaise fortune, il est enti\u00e8rement d\u00e9fini par sa relation au malheur, aux yeux d\u2019autrui et \u00e0 ses propres yeux.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol>\n<li><strong> \u00e0 ceux qui connaissent le malheur&nbsp;:<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>Ils ne peuvent pas non plus pr\u00eater attention aux autres personnes dans le malheur.<\/p>\n<p>&#8211; un des 1<sup>er<\/sup> effet du malheur est de briser notre capacit\u00e9 d\u2019attention, et l\u2019ensemble de nos facult\u00e9s spirituelles, dont la capacit\u00e9 d\u2019aimer.<\/p>\n<p>ADM&nbsp;:<\/p>\n<p><em>\u00ab&nbsp;Le malheur plonge l\u2019\u00e2me dans des t\u00e9n\u00e8bres o\u00f9 il n\u2019y a rien \u00e0 aimer&nbsp;: si l\u2019\u00e2me alors cesse d\u2019aimer, l\u2019absence de Dieu devient d\u00e9finitive. L\u2019\u00e2me tombe dans quelque chose ici-bas \u00e9quivalent \u00e0 l\u2019enfer.<\/em><\/p>\n<p><em>C\u2019est pourquoi ceux qui pr\u00e9cipitent des hommes dans le malheur non pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 le recevoir tuent des \u00e2mes.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p><u>2 effets du malheur<\/u> (ADM)&nbsp;: Le 1<sup>er<\/sup> est haine de soi, m\u00e9pris de soi, culpabilit\u00e9 (comme si le malheureux ressentait la culpabilit\u00e9 et la souillure qui devraient habiter l\u2019\u00e2me du criminel&nbsp;: c\u2019est celui qui subit le mal qui ressent tous ses effets et non celui qui le commet). Le malheureux \u00e9prouve une haine de soi, perd la capacit\u00e9 de s\u2019aimer. 2<sup>e<\/sup> effet&nbsp;: cette coloration gagne l\u2019univers entier, et le malheureux ne peut plus rien aimer. (Le 1<sup>er<\/sup> effet est l\u2019essence du malheur, il est incontournable. Le 2nd peut \u00eatre emp\u00each\u00e9 par l\u2019amour surnaturel s\u2019il a surv\u00e9cu.)<\/p>\n<p>&#8211; un des effets du malheur est de chercher une consolation dans le m\u00e9pris des autres personnes touch\u00e9es par le malheur.<\/p>\n<p>ADM&nbsp;:<\/p>\n<p><em>&gt; On ressemble au mauvais larron quand on cherche une consolation dans le m\u00e9pris et la haine des compagnons d\u2019infortune. C\u2019est l\u2019effet le plus commun du v\u00e9ritable malheur.<\/em><\/p>\n<p><em>&gt; La grande tentation du malheur&nbsp;: c\u2019est que le malheureux a toujours la possibilit\u00e9 de souffrir moins en consentant \u00e0 devenir mauvais.<\/em><\/p>\n<p>Le malheur subi empoisonne l\u2019\u00e2me du malheureux. C\u2019est comme s\u2019il y avait une solidarit\u00e9 entre le mal subi (que l\u2019on appelle \u00ab&nbsp;mal physique&nbsp;\u00bb, le malheur) et le mal commis (\u00ab&nbsp;mal moral&nbsp;\u00bb)&nbsp;: le mal dont on est victime nous rend solidaire de lui et nous entra\u00eene vers le mal moral.<\/p>\n<p><strong><em>&nbsp;<\/em><\/strong><\/p>\n<ol>\n<li><strong> Sortie du malheur ne peut pas \u00eatre accomplie par le malheureux lui-m\u00eame&nbsp;:<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>&#8211; L\u2019exp\u00e9rience du malheur nous rend aussi incapable de le penser<\/p>\n<p>ADM&nbsp;:<\/p>\n<p><em>Mais quand on est dans le malheur on ne croit pas davantage \u00e0 cette v\u00e9rit\u00e9 car la pens\u00e9e plac\u00e9e par la contrainte des circonstances dans le malheur fuit dans le mensonge.<\/em><\/p>\n<p>&#8211; La haine de soi et du monde p\u00e9n\u00e8trent tellement en profondeur que l\u2019individu malheureux n\u2019a plus les forces pour en sortir, le malheur d\u00e9truit en lui toutes ses forces spirituelles.<\/p>\n<p>L\u2019Illiade ou le po\u00e8me de la force&nbsp;(IPF)&nbsp;:<\/p>\n<p><em>Les malheurs intol\u00e9rables durent toujours par leur propre poids et semblent ainsi du dehors facile \u00e0 porter, qu\u2019il s\u2019agisse de servitude ou de guerre&nbsp;: ils durent parce qu\u2019ils \u00f4tent les ressources n\u00e9cessaires pour s\u2019en sortir.<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Le malheureux devient complice du malheur<\/p>\n<p>ADM&nbsp;:<\/p>\n<p><em>L\u2019autre effet du malheur est de rendre l\u2019\u00e2me sa complice, par un poison d\u2019inertie. Complicit\u00e9 qui peut pousser \u00e0 \u00e9viter, \u00e0 fuir les moyens de d\u00e9livrance. M\u00eame chez celui qui est sorti du malheur, il subsiste quelque chose qui le pousse \u00e0 s\u2019y pr\u00e9cipiter \u00e0 nouveau.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"3\">\n<li><strong> Cette attention n\u2019est possible qu\u2019aux saints<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p><strong>&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p>Travers\u00e9e du malheur dans l\u2019union au Christ permet seule de pr\u00eater attention aux malheureux, car c\u2019est alors le Christ qui aime \u00e0 travers nous.<\/p>\n<p>ADM&nbsp;:<\/p>\n<p><em>Celui dont l\u2019\u00e2me reste orient\u00e9e vers Dieu dans le malheur est clou\u00e9 sur la croix m\u00eame du Christ. Il ne faut pas d\u00e9sirer le malheur car cela est contre-nature, et surtout le malheur est par essence ce qu\u2019on subit malgr\u00e9 soi. Mais on peut seulement d\u00e9sirer, au cas o\u00f9 cela nous arrive, qu\u2019il constitue une participation \u00e0 la croix du Christ.<\/em><\/p>\n<p>Alors le malheur permet d\u2019aimer comme le Christ. Et le malheur est m\u00eame la seule voie d\u2019acc\u00e8s \u00e0 cet amour v\u00e9ritable. Puisque seul le Christ peut aimer les malheureux, en vertu de la Croix.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019union au Christ permet de continuer \u00e0 aimer \u00e0 travers le malheur (on n\u2019\u00e9vite pas le 1<sup>er<\/sup> effet du malheur, qui est haine de soi, et qui est incontournable, mais on \u00e9vite le 2<sup>e<\/sup> effet, qui est haine du monde. Ce 2<sup>e<\/sup> effet ne peut \u00eatre \u00e9vit\u00e9 que par gr\u00e2ce surnaturelle).<\/p>\n<p>ADM&nbsp;:<\/p>\n<p><em>L\u2019homme \u00e0 qui cela arrive ne prend aucune part \u00e0 cette op\u00e9ration, il se d\u00e9bat co un papillon que l\u2019on \u00e9pingle vivant sur un album. Mais il peut \u00e0 travers l\u2019horreur continuer \u00e0 aimer&nbsp;: aucune impossibilit\u00e9 \u00e0 cela car la douleur la plus grande ne touche pas \u00e0 ce point de l\u2019\u00e2me qui consent \u00e0 une bonne orientation. <strong>L\u2019amour est une orientation et non pas un \u00e9tat d\u2019\u00e2me.<\/strong> Si on ignore cela on tombe dans le d\u00e9sespoir \u00e0 la premi\u00e8re atteinte du malheur.<\/em><\/p>\n<p>Le malheureux peut continuer \u00e0 aimer dans le malheur&nbsp;: pas lui mais Dieu \u00e0 travers lui. Le malheur d\u00e9truit le soi, l\u2019orgueil. On n\u2019aime plus par soi mais Dieu \u00e0 travers nous.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Pour cela la foi d\u00e9j\u00e0 doit \u00eatre ancr\u00e9e&nbsp;:<\/p>\n<p>ADM&nbsp;:<\/p>\n<p><em>Seul Dieu a cette connaissance de l\u2019ho, et ceux qui ont \u00e9t\u00e9 engendr\u00e9s d\u2019en haut&nbsp;: car on ne peut pas accepter cette mort de l\u2019\u00e2me si on n\u2019a pas en plus de cette vie illusoire de l\u2019\u00e2me une autre vie. Si on n\u2019a pas son tr\u00e9sor et son coeur hors de soi, aux mains de notre P\u00e8re qui est dans le secret.<\/em><\/p>\n<p><em>&nbsp;<\/em><\/p>\n<p>Permet alors d\u2019aimer comme le Christ, qui seul peut voir et aimer les malheureux.<\/p>\n<p>Aimer \u00e0 la mani\u00e8re du Christ, c\u2019est aimer tout autrement. C\u2019est le seul amour qui peut sauver du malheur, sans le nier.<\/p>\n<p>ADM&nbsp;:<\/p>\n<p><strong><em>&gt; Ceux que le Christ reconna\u00eet comme ses bienfaiteurs&nbsp;: ceux dont la compassion repose sur la connaissance du malheur.<\/em><\/strong><\/p>\n<p><em>&gt; Le bienfaiteur du Christ, en pr\u00e9sence du malheureux, ne sent aucune distance entre lui et soi-m\u00eame, il donne de mani\u00e8re instinctive, comme s\u2019il r\u00e9pondait \u00e0 son propre besoin de nourriture, et il l\u2019oublie aussit\u00f4t, co tombent dans l\u2019oubli les repas des jours pass\u00e9s. Un tel homme ne songerait pas \u00e0 dire qu\u2019il s\u2019occupe des malheureux pour le Seigneur, cela lui serait aussi absurde que de dire qu\u2019il mange pour le Seigneur. Ceux que le Christ remerciera donnent comme il mangent.<\/em><\/p>\n<p><em>&gt; Et ils donnent bien autre chose que de la nourriture, des v\u00eatements ou des soins&nbsp;: en transportant leur \u00e2me m\u00eame dans ceux qu\u2019ils secourent, <u>ils lui donnent pour un instant cette existence propre dont il est priv\u00e9 par le malheur<\/u>.<\/em><\/p>\n<p><strong><em>Seule la pr\u00e9sence du Christ dans une \u00e2me peut y mettre la vraie compassion. Et celui qui donne par v\u00e9ritable compassion donne le Christ lui-m\u00eame.<\/em><\/strong><\/p>\n<p><em>&nbsp;<\/em><\/p>\n<p>Les autres formes de secours des malheureux passent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ce qui fait le malheur des hommes, et passent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019individualit\u00e9 des personnes malheureuses. Ce sont m\u00eame des formes de \u00ab&nbsp;blessures&nbsp;\u00bb, d\u2019offenses faites aux personnes malheureuses. Elles participent de cette recherche de compensations dans le malheur qui sont des mensonges, qui ne peuvent jamais sauver du malheur.<\/p>\n<p><strong>Seule le Christ sauve du malheur, donc il faut se rendre capable d\u2019aimer comme le Christ,<\/strong> de laisser le Christ aimer \u00e0 travers nous, et pour cela <strong>il n\u2019y a qu\u2019une voie&nbsp;: la Croix&nbsp;<\/strong>; accepter de traverser le malheur, quand il nous est donn\u00e9, dans la foi et l\u2019union au Christ.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>&nbsp;<\/em><\/p>\n<ol start=\"4\">\n<li><strong> Ceux qui exercent un pouvoir politique sont encore plus incapables de pr\u00eater attention aux malheureux que les autres<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>(si c\u2019est possible d\u2019\u00eatre encore moins capable que pour ceux pour qui c\u2019est impossible!)<\/p>\n<p><strong>&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Exercice du pouvoir est l\u2019exercice d\u2019une force. Quand il y a force, il y a ceux qui l\u2019exercent et ceux qui la subissent. Deux versants d\u2019une r\u00e9alit\u00e9. Ceux qui exercent la force ne peuvent pas voir le malheur de ceux qui la subissent car la force fait croire \u00e0 une puissance de ceux qui l\u2019exercent, comme si la force leur appartenait, et ainsi ils croient avancer dans un milieu sans r\u00e9sistance.<\/p>\n<p><strong>C\u2019est l\u2019effet m\u00eame de la force que de rendre aveugle au fait qu\u2019elle s\u2019exerce au d\u00e9triment d\u2019autres.<\/strong><\/p>\n<p>Soumission \u00e0 la force des deux c\u00f4t\u00e9s&nbsp;: ceux qui la subissent et ceux qui l\u2019exercent.<\/p>\n<p>IPF&nbsp;:<\/p>\n<p><em>&gt; Tous sont destin\u00e9s \u00e0 souffrir la violence mais c\u2019est une v\u00e9rit\u00e9 que les hommes ne voient pas \u00e0 cause de l\u2019empire des circonstances. Le fort n\u2019est jamais absolument fort, et le faible absolument faible, mais l\u2019un et l\u2019autre l\u2019ignorent.<\/em><\/p>\n<p><em>&gt; \u00ab&nbsp;Celui qui poss\u00e8de la force marche dans un milieu non r\u00e9sistant, sans que rien, dans la mati\u00e8re humaine autour de lui, soit de nature \u00e0 susciter entre l\u2019\u00e9lan et l\u2019acte ce bref intervalle o\u00f9 se loge la pens\u00e9e. <strong>O\u00f9 la pens\u00e9e n\u2019a pas de place, la justice ni la prudence n\u2019en ont.<\/strong>&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>La violence \u00e9crase ceux qu\u2019elle touche.<\/em><\/p>\n<p><em>&nbsp;<\/em><\/p>\n<p>&#8211; L\u2019exercice du pouvoir pousse naturellement \u00e0 chercher son profit, m\u00eame si on avait l\u2019intention de servir ceux qui sont touch\u00e9s par le malheur.<\/p>\n<p>Simone Weil cite souvent l\u2019exemple des syndicats, comme exemple m\u00eame de la d\u00e9ception&nbsp;: l\u2019organe qui a pour vocation de d\u00e9fendre les malheureux, et qui n\u2019accomplit pas cette mission.<\/p>\n<p>Enracinement&nbsp;:<\/p>\n<p><em>&gt; \u00ab&nbsp;La carence des syndicats ouvriers est tt aussi scandaleuse d\u2019un autre point de vue. Eux n\u2019avaient pas \u00e0 s\u2019occuper de l\u2019avenir de la production mais ayant pour unique raison d\u2019\u00eatre la d\u00e9fense de la justice, ils auraient d\u00fb \u00eatre touch\u00e9s par la d\u00e9tresse morale de la partie la plus mis\u00e9rable des ouvriers (adolescents, femmes, immigr\u00e9s\u2026) <strong>Rien ne montre plus cbien il est difficile qu\u2019un mouvement collectif soit r\u00e9ellement orient\u00e9 vers la justice et que les malheureux soient r\u00e9ellement d\u00e9fendus.&nbsp;\u00bb<\/strong><\/em><\/p>\n<p><em>&gt; \u00ab&nbsp;<strong>Les syndicats ouvriers ont trahi leur mission de protection des mis\u00e9rables pour se tourner vers la protection de leurs int\u00e9r\u00eats.&nbsp;\u00bb<\/strong><\/em><\/p>\n<p><em>&nbsp;<\/em><\/p>\n<p>&#8211; Surtout la dimension collective de la politique semble condamner la possibilit\u00e9 de l\u2019attention aux malheureux&nbsp;:<\/p>\n<p>Enracinement&nbsp;:<\/p>\n<p><em>\u00ab&nbsp;L\u2019\u00c9tat n\u2019est pas particuli\u00e8rement qualifi\u00e9 pour prendre la d\u00e9fense des malheureux&nbsp;: il en est m\u00eame incapable.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong>L\u2019attention est une vertu individuelle<\/strong>, qui ne peut \u00eatre exerc\u00e9e que par des individus. Les collectivit\u00e9s sont aveugles, et dessaisissent m\u00eame les individus de leurs capacit\u00e9s individuelles. Il n\u2019y a pas d\u2019attention ni de pens\u00e9es collectives.<\/p>\n<p><strong>&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p><strong>La politique v\u00e9ritable correspond donc \u00e0 la vocation politique de chaque individu =<\/strong><\/p>\n<p><strong>La mission politique v\u00e9ritable qui est de porter secours aux malheureux car on sait les voir, est une mission individuelle. Nous sommes chacun appel\u00e9 \u00e0 cette vocation politique, puisque la politique n\u2019est affaire que d\u2019individus rendus capable d\u2019attention pour les malheureux.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><u>&nbsp;<\/u><\/strong><\/p>\n<ol>\n<li><strong><u> Purifier nos d\u00e9sirs politiques&nbsp;: distinguer le malheur et l\u2019oppression sociale<\/u><\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol>\n<li><strong> N\u2019est-ce pas une esp\u00e9rance mal plac\u00e9e que de d\u00e9sirer que la politique nous d\u00e9livre du malheur&nbsp;?<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p><strong>&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p>Aspiration \u00e0 supprimer le malheur est juste.<\/p>\n<p>Mais d\u00e9sir \u00e0 purifier&nbsp;pour 2 raisons&nbsp;: parce qu\u2019elle peut \u00eatre la cause des pires oppressions, et parce que l\u2019existence du malheur est in\u00e9vitable. Existence d\u2019un malheur m\u00e9taphysique, cons\u00e9quence de la n\u00e9cessit\u00e9, qui est distinct de l\u2019oppression sociale. (m\u00eame si oppression sociale est une partie du malheur)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol>\n<li><strong> Cette aspiration peut \u00eatre la cause des pires oppressions.<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p><strong>&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p>* Exemple dans Gr\u00e8ves et joies pures (GJP)<\/p>\n<p>Cons\u00e9quence des revendications des gr\u00e8ves&nbsp;:<\/p>\n<p>&gt; revendication du salaire minimum est obtenue. Mais le travail aux pi\u00e8ces est maintenu. Risque que l\u2019on renvoie ceux qui ne sont pas assez rentables, dont on a d\u00fb relever le salaire pour atteindre le salaire minimum.<\/p>\n<p><em>\u00ab&nbsp;Il est \u00e0 craindre qu\u2019\u00e0 l\u2019am\u00e9lioration des salaires corresponde une nouvelle aggravation des conditions morales du travail, une terreur accrue dans la vie quotidienne de l\u2019atelier, une aggravation de cette cadence du travail qui d\u00e9j\u00e0 brise le corps, le coeur et la pens\u00e9e. Une loi impitoyable, depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, semble faire tout pour servir \u00e0 l\u2019aggravation de la cadence.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>D\u00e9sir de supprimer le malheur est ici contre-productif faute d\u2019une v\u00e9ritable connaissance des causes et conditions du malheur. Politique court-termiste. C\u2019est la loi de l\u2019augmentation de la cadence qu\u2019il aurait fallu comprendre et contre laquelle il aurait fallu lutter.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>* Exemple aussi des r\u00e9volutions. <strong>Les r\u00e9volutions sont un d\u00e9sir de supprimer le malheur qui est mal orient\u00e9.<\/strong> Faute d\u2019une v\u00e9ritable connaissance des m\u00e9canismes du malheur.<\/p>\n<p>Critique de S. Weil de l\u2019imagination&nbsp;: l\u2019imagination c\u2019est quand l\u2019action politique est aveugl\u00e9e par des d\u00e9sirs, qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 purifi\u00e9s. Le d\u00e9sir qui guide la r\u00e9volution est juste, mais il n\u2019a pas de contenu.<\/p>\n<p>D\u00e9sir de r\u00e9volution&nbsp;: d\u00e9sir de supprimer l\u2019oppression, en renversant ceux qui exercent l\u2019oppression. Mais ne parvient qu\u2019\u00e0 remplacer une oppression par une autre. Faute de m\u00e9conna\u00eetre les m\u00e9canismes de l\u2019oppression.<\/p>\n<p><em>R\u00e9flexion sur les causes de la libert\u00e9 et de l\u2019oppression sociale<\/em> (RCLOS)&nbsp;:<\/p>\n<p><em>Question neuve&nbsp;: pendant des si\u00e8cles des \u00e2mes g\u00e9n\u00e9reuses on consid\u00e9r\u00e9 la puissance des oppresseurs comme une usurpation pure et simple. Pensant qu\u2019il suffisait de s\u2019y opposer par la r\u00e9probation ou la force arm\u00e9e. L\u2019\u00e9chec \u00e0 toujours \u00e9t\u00e9 complet&nbsp;: on n\u2019a toujours fait que remplacer une forme d\u2019oppression par une autre.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00c9chec le plus significatif quand il prend un moment l\u2019apparence de la victoire, comme ce fut le cas pour la R\u00e9volution fran\u00e7aise.<\/em><\/p>\n<p><strong>Ce qui accroit le malheur&nbsp;: les compensations que l\u2019on cherche dans le malheur.<\/strong> Fausses solutions que l\u2019on croit apporter au malheur faute d\u2019une connaissance des v\u00e9ritables causes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le d\u00e9sir de supprimer le malheur, s\u2019il ne va pas de pair avec une v\u00e9ritable connaissance des causes du malheur, remplace une oppression par une autre et risque donc d\u2019\u00eatre contre-productif, d\u2019empirer ce qu\u2019il veut gu\u00e9rir.<\/p>\n<p>L&rsquo;imagination, les mirages auxquels on croit en politique, ce sont les id\u00e9ologies, les r\u00e9volutions et au final <strong>le r\u00e8gne de la force.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>* En raison de la nature m\u00eame du pouvoir&nbsp;: le pouvoir ne peut s\u2019exercer sans chercher \u00e0 s\u2019\u00e9tendre sur ceux sur qui il s\u2019exerce. Le pouvoir est constamment un rapport de forces, donc une conqu\u00eate. Et celui qui pense agir pour le bien, ou d\u00e9livrer les hommes du malheur, est pouss\u00e9 encore davantage \u00e0 accro\u00eetre son pouvoir. C\u2019est le fondement des totalitarismes.<\/p>\n<p>RCLOS&nbsp;:<\/p>\n<p><em>Ceux qui poss\u00e8dent un pouvoir ne peuvent travailler \u00e0 affaiblir leur pouvoir, sans se condamner \u00e0 en \u00eatre d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s &nbsp;: + ils se sentiront anim\u00e9s de bonnes intentions, + ils seront amen\u00e9s m\u00eame malgr\u00e9 eux \u00e0 tenter d\u2019\u00e9tendre leur pouvoir pour \u00e9tendre leur capacit\u00e9 \u00e0 faire le bien. Ce qui revient \u00e0 opprimer dans l\u2019espoir de lib\u00e9rer. Cf Staline.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol>\n<li><strong> L\u2019existence du malheur est in\u00e9vitable&nbsp;: parce qu\u2019il y a un malheur m\u00e9taphysique, effet de la n\u00e9cessit\u00e9 aveugle, impossible \u00e0 supprimer.<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p><strong>&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p>Le malheur est un effet de la n\u00e9cessit\u00e9. Impossible \u00e0 \u00e9radiquer.<\/p>\n<p>ADM&nbsp;: \u00ab<em>&nbsp;m\u00e9canisme aveugle&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>C\u2019est justement parce que ce m\u00e9canisme est aveugle qu\u2019il constitue le malheur&nbsp;:<\/p>\n<p><em>&gt; \u00ab&nbsp;<u>Si le m\u00e9canisme n\u2019\u00e9tait pas aveugle, il n\u2019y aurait pas du tout de malheur.<\/u> Le malheur est avant tout anonyme, il prive ceux qu\u2019il prend de leur personnalit\u00e9 et en fait des choses.&nbsp;\u00bb C\u2019est le froid de cette indiff\u00e9rence qui glace l\u2019\u00e2me de mani\u00e8re irr\u00e9versible.<\/em><\/p>\n<p><em>&gt; <strong>Le malheur n\u2019aurait pas cette vertu sans la part de hasard qu\u2019il renferme. Les martyrs ne sont pas malheureux. Le Christ \u00e9tait malheureux, il n\u2019est pas mort comme un martyr mais comme un criminel de droit commun. Le malheur est ridicule.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les causes humaines du malheur, la responsabilit\u00e9 des uns et des autres n\u2019est pas la cause 1\u00e8re du malheur. Les actions humaines rel\u00e8vent de causes secondes, sont elles-aussi soumises \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9. La cause du malheur n\u2019est pas dans l\u2019action des criminels, qui ne font que suivre les impulsions de la nature.<\/p>\n<p>ADM&nbsp;:<\/p>\n<p><em>&gt; Il n\u2019y a q la n\u00e9cessit\u00e9 aveugle qui puisse jeter les hommes au pied de la croix, \u00e0 l\u2019extr\u00eame distance, et les crimes humains qui sont la cause de la plupart des malheurs font partie de cette n\u00e9cessit\u00e9, <strong>car les criminels ne savent pas ce qu\u2019ils font.<\/strong><\/em><\/p>\n<p><em>&gt; <strong>Le pourquoi du malheureux ne comporte aucune r\u00e9ponse, parce que nous vivons dans la n\u00e9cessit\u00e9 et non dans la finalit\u00e9.<\/strong> S\u2019il y avait de la finalit\u00e9 dans ce monde, le lieu du bien ne serait pas l\u2019autre monde.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>\u2192 C\u2019est donc une pr\u00e9tention absurde et dangereuse que de pr\u00e9tendre supprimer le malheur par l\u2019action politique.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"2\">\n<li><strong> Une ambition politique juste&nbsp;: R\u00e9duire l\u2019oppression sociale comme partie du malheur<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p><strong>&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p><strong>Cependant la politique elle-m\u00eame est cause de malheur&nbsp;<\/strong>: elle est cause d\u2019une partie du malheur, qui est l\u2019oppression sociale. Il faut distinguer le malheur m\u00e9taphysique et l\u2019oppression sociale.&nbsp; <strong>Ambition politique plus adapt\u00e9e que de supprimer le malheur&nbsp;: r\u00e9duire au maximum l\u2019oppression sociale, <\/strong>partie du malheur qui est la cons\u00e9quence de l\u2019organisation sociale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol>\n<li><strong> distinguer l\u2019oppression sociale \/ la contrainte naturelle<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>&#8211; Pour agir sur les causes sociales du malheur, il faut distinguer le malheur qui est la cons\u00e9quence de l\u2019organisation sociale et la contrainte de la nature. On ne peut pas lutter contre la n\u00e9cessit\u00e9 naturelle, mais contre l\u2019oppression sociale. (La soumission \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 naturelle est m\u00eame une lib\u00e9ration).<\/p>\n<p>Oppression sociale \u2260 la nature comme contrainte<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>RCLOS&nbsp;:<\/p>\n<p><em>\u00ab&nbsp;En d\u00e9pit du progr\u00e8s l\u2019ho n\u2019est pas sorti de la condition servile dans laquelle il se trouvait quand il \u00e9tait livr\u00e9 faible et nu \u00e0 toutes les forces aveugles qui composent l\u2019univers ; simplement la puissance qui le maintient sur les genoux a \u00e9t\u00e9 comme transf\u00e9r\u00e9e de la mati\u00e8re inerte \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 qu\u2019il forme lui-m\u00eame avec ses semblables.&nbsp;\u00bb Il faut examiner le m\u00e9canisme de ce transfert&nbsp;: pourquoi l\u2019homme a d\u00fb payer \u00e0 ce prix sa puissance sur la nature&nbsp;? Et en quoi peut consister la situation la moins malheureuse, c\u2019est \u00e0 dire celle o\u00f9 il serait le moins asservi \u00e0 la double domination de la nature et de la soci\u00e9t\u00e9&nbsp;?<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&#8211; La contrainte sociale elle-m\u00eame est en partie in\u00e9vitable. <strong>Toute collectivit\u00e9 suppose une part de contrainte.<\/strong> Il faut donc se demander quelle contrainte sociale est in\u00e9vitable, et quelle contrainte peut-\u00eatre supprim\u00e9e.<\/p>\n<p>RCLOS&nbsp;:<\/p>\n<p><em>Ce que nous demanderions \u00e0 la r\u00e9volution&nbsp;: l\u2019abolition de l\u2019oppression sociale.<\/em><\/p>\n<p><em>Mais pour que cela ait du sens il faut distinguer entre oppression et subordination des caprices individuels \u00e0 un ordre social.<\/em><\/p>\n<p><strong><em>Toute soci\u00e9t\u00e9 enferme la vie des individus dans des limites et des r\u00e8gles&nbsp;: contrainte in\u00e9vitable.<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Cette contrainte n\u2019est une oppression que dans la mesure o\u00f9, du fait de la s\u00e9paration entre ceux qui l\u2019exercent et ceux qui la subissent, elle met les 2nds \u00e0 la discr\u00e9tion des 1<sup>ers<\/sup> et fait peser sur une pression jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9crasement physique et moral.<\/em><\/strong><\/p>\n<p><em>M\u00eame ainsi, rien ne permet de garantir que la suppression de l\u2019oppression soit possible ou m\u00eame concevable \u00e0 titre de limite.<\/em><\/p>\n<p><strong><em>Le probl\u00e8me est clair&nbsp;: peut-on concevoir une organisation de la production qui, bien qu\u2019impuissante \u00e0 \u00e9liminer les n\u00e9cessit\u00e9s naturelles et la contrainte sociale qui en r\u00e9sulte, leur permettrait de s\u2019exercer sans \u00e9craser sous l\u2019oppression les esprits et les corps&nbsp;?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"3\">\n<li><strong> Analyse de l\u2019oppression<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p><strong>&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p>Weil se livre dans la suite de RCLOS \u00e0 une analyse de ce qui constitue l\u2019oppression. Analyse n\u00e9cessaire pour savoir quelle part de malheur est cr\u00e9\u00e9e par l\u2019ordre politique, et comment diminuer au maximum cette part de malheur.<\/p>\n<p>Comment faire pour att\u00e9nuer le malheur qui est une cons\u00e9quence de notre organisation collective.<\/p>\n<p>Question que nous devons nous poser car sinon nous sommes coupables d\u2019une \u00ab&nbsp;indiff\u00e9rence criminelle.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>ADM&nbsp;:<\/p>\n<p><em>Il y a des choses tellement atroces dans nos institutions et nos meurs que personne ne peut s\u2019en croire irresponsable&nbsp;: nous sommes coupables au moins d\u2019une indiff\u00e9rence criminelle.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Analyse que livre Weil dans RCLOS&nbsp;:<\/p>\n<p>&#8211; la politique comme lutte pour le pouvoir est n\u00e9cessairement oppressive.<\/p>\n<p>Comment et peut-on faire que la politique ne soit pas lutte pour le pouvoir, rapport de forces&nbsp;?<\/p>\n<p>RCLOS&nbsp;:<\/p>\n<p><em>Conserver la puissance est pour les puissants une n\u00e9cessit\u00e9 vitale, puisque c\u2019est leur puissance qui les nourrit. Or ils sont \u00e0 la conserver \u00e0 la fois contre leurs rivaux et contre leurs inf\u00e9rieurs.<\/em><\/p>\n<p><em>Donc tout pouvoir est instable. Il n\u2019y a donc jamais pouvoir mais course au pouvoir, et cette course est donc sans terme, sans limite, sans mesure.<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; <\/em>l\u2019oppression propre au r\u00e9gime capitaliste&nbsp;: la division entre travail manuel et intellectuel<\/p>\n<p>La n\u00e9cessite de la coop\u00e9ration pour la production se traduit dans notre civilisation par une division du travail entre ceux qui commandent et ceux qui ex\u00e9cutent. Ceux qui commandent ne sentent jamais les cons\u00e9quences de leurs d\u00e9cisions.<\/p>\n<p>RCLOS&nbsp;:<\/p>\n<p><em>L\u2019oppression sociale fournit une solution imm\u00e9diate <\/em>(\u00e0 la question de la coordination de la production)<em> en cr\u00e9ant deux cat\u00e9gories d\u2019hommes&nbsp;: ceux qui commandent et ceux qui ob\u00e9issent.<\/em><\/p>\n<p><strong><em>R\u00e9sultats prodigieux lorsque la division sociale des cat\u00e9gories est assez profonde pour que ceux qui d\u00e9cident des travaux ne soient jamais expos\u00e9s \u00e0 en conna\u00eetre les peines, les douleurs, les dangers, cependant que ceux qui les ex\u00e9cutent n\u2019ont pas le choix, \u00e9tant perp\u00e9tuellement sous le coup d\u2019une menace de mort + ou \u2013 d\u00e9guis\u00e9e.<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>&nbsp;<\/em><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><u>III. La politique \u00e0 la limite&nbsp;: une communaut\u00e9 de saints&nbsp;?<\/u><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol>\n<li><strong> Favoriser la possibilit\u00e9 d\u2019attention aux malheureux&nbsp;: quelles structures&nbsp;?<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p><strong>&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p>Puisque l\u2019attention aux malheureux ne peut \u00eatre qu\u2019individuelle (Elle est \u00e0 la fois une <strong>vertu qui ne peut \u00eatre qu\u2019individuelle <\/strong>mais aussi une <strong>vocation individuelle c\u2019est \u00e0 dire l\u2019appel de chaque homme. <\/strong>Chacun est appel\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper son attention et \u00e0 secourir les malheureux)&nbsp;: il faut d<strong>es structures sociales qui permettent aux individus de d\u00e9velopper leur attention aux malheureux.<\/strong><\/p>\n<p>Des structures sociales favorables au surgissement de saints&nbsp;!<\/p>\n<p>Cf Dorothy Day&nbsp;: cr\u00e9er des lieux o\u00f9 il soit plus facile d\u2019\u00eatre bon.&nbsp;<\/p>\n<p><strong>&gt; La communaut\u00e9&nbsp;comme lieu de r\u00e9alisation de la vocation politique de chaque individu<\/strong><\/p>\n<p>Les structures sociales doivent \u00eatre au service de la vocation politique qui ne peut se r\u00e9aliser que par des individus.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les hommes ont besoin de servir. Ont besoin d\u2019agir pour quelque chose de grand. (Besoin de grandeur fait partie des besoins de l\u2019\u00e2me).<\/p>\n<p>Ce qui sauve du malheur, du d\u00e9sespoir, c\u2019est aussi de prendre en charge le malheur des autres hommes.<\/p>\n<p><strong>&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p>En tout cas l\u2019Etat semble \u00eatre ce qui pousse au d\u00e9sengagement politique des individus. Logique de l\u2019\u00c9tat, et du capitalisme&nbsp;: accentue l\u2019impossibilit\u00e9 de l\u2019attention aux malheureux.<\/p>\n<p><em>Enracinement&nbsp;:<\/em><\/p>\n<p><em>&#8211; \u00c0 toutes les causes particuli\u00e8res de d\u00e9saffection s\u2019en est ajout\u00e9e une g\u00e9n\u00e9rale qui est comme le rebours de l\u2019idol\u00e2trie&nbsp;: l\u2019\u00c9tat a cess\u00e9 d\u2019\u00eatre, sous le nom de patrie ou de nation, un bien infini, dans le sens d\u2019un bien \u00e0 servir par le d\u00e9vouement. En revanche il est devenu un bien illimit\u00e9 \u00e0 consommer.<\/em><\/p>\n<p><em>RCLOS&nbsp;:<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab&nbsp;Jamais l\u2019individu n\u2019a \u00e9t\u00e9 aussi compl\u00e8tement livr\u00e9 \u00e0 une collectivit\u00e9 aveugle, et jamais les hommes n\u2019ont \u00e9t\u00e9 plus incapables non seulement de soumettre leurs actions \u00e0 leurs pens\u00e9es, mais m\u00eame de penser.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>&nbsp;<\/em><\/p>\n<p>\u2192 redonner la capacit\u00e9 de penser et d\u2019agir aux individus, de pr\u00eater attention et de prendre soin des malheureux<\/p>\n<p><em>&nbsp;<\/em><\/p>\n<ol start=\"2\">\n<li><strong> La politique sans la Croix&nbsp;? : quelle articulation du politique et du religieux&nbsp;?<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le Christ seul donne la capacit\u00e9 d\u2019aimer les malheureux\u2026 Comment penser \u00e0 partir de cela l\u2019articulation de la foi et de la politique&nbsp;? Seule sortie du malheur&nbsp;: par la Croix.<\/p>\n<p>Les autre solutions apport\u00e9es au malheur sont des mensonges.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>ADM&nbsp;:<\/p>\n<p><strong><em>En raison du lien essentiel entre la Croix et le malheur, un \u00c9tat n\u2019a le droit de se s\u00e9parer de toute religion que dans l\u2019hypoth\u00e8se absurde o\u00f9 il serait parvenu \u00e0 supprimer le malheur.<\/em><\/strong><em> \u00c0 plus forte raison il n\u2019en a pas le droit quand il fabrique lui-m\u00eame des malheureux.<\/em><\/p>\n<p><strong><em>&nbsp;<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Dimension centrale pour la justice p\u00e9nale&nbsp;: sauver les criminels du mal moral, commis ne serait possible que si on aimait les criminels. Or cela n\u2019est possible que si l\u2019on aime comme le Christ.<\/p>\n<p>ADM&nbsp;:<\/p>\n<p><strong><em>La justice p\u00e9nale coup\u00e9e de tt lien avec Dieu a une couleur infernale. Elle se salit au contact de toutes les souillures, et n\u2019ayant rien pour les purifier elle devient elle-m\u00eame si souill\u00e9e que les pires criminels peuvent encore \u00eatre d\u00e9grad\u00e9s par elle.<\/em><\/strong><em> <u>Rien n\u2019est assez pur q le Christ pour mettre de la puret\u00e9 dans les lieux r\u00e9serv\u00e9s aux crimes.<\/u><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Amour pour le criminel&nbsp;: politique ou saintet\u00e9&nbsp;?<\/p>\n<p><strong>Pardon et crimes&nbsp;: cf Forgiveness Project.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"3\">\n<li><strong> La politique comme attention, discernement des malheurs du temps<\/strong>: s\u2019enracine dans des individus vertueux.<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La politique comme r\u00e9ponse aux malheur du temps et r\u00e9ponse \u00e0 ceux-ci. Quels sont les besoins de l\u2019\u00e2me et du corps de nos contemporains&nbsp;?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est ce que Weil fait dans <em>L\u2019Enracinement&nbsp;<\/em>: analyse de ce qu\u2019est le malheur des hommes de son temps pour pouvoir y r\u00e9pondre. Elle donne la m\u00e9thode pour cela dans <em>l\u2019Enracinement. <\/em>N\u00e9cessite un tr\u00e8s haut degr\u00e9 d\u2019attention qui est le fruit d\u2019un long travail sur soi, travail spirituel.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019Enracinement&nbsp;:<em> \u00ab&nbsp;La liste concr\u00e8te des douleurs des ouvriers fournit celle des choses \u00e0 modifier.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>&nbsp;<\/em><\/p>\n<p>Politique comme art de sonder les malheurs du temps puis de susciter les mobiles de l\u2019action pour que les individus y r\u00e9pondent. Toujours une politique qui se base sur l\u2019action individuelle.<\/p>\n<p>Malheur du peuple &gt; attention qui le discerne puis l\u2019exprime (sens profond du malheur mais aussi les aspirations profondes du peuple qui sont les r\u00e9ponses \u00e0 ce malheur)&nbsp; &gt; susciter des motifs pour l\u2019action pour que le peuple lui-m\u00eame r\u00e9ponde \u00e0 ce malheur.<\/p>\n<p><strong>Comme si la politique v\u00e9ritable \u00e9tait l\u2019entrainement vers la saintet\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019Enracinement&nbsp;:<\/p>\n<p><em>Quand la situation ou le drame public l\u2019emporte sur la vie personnelle, beaucoup de pens\u00e9es et besoins sourds se retrouvent chez presque tous ceux qui constituent le peuple.<\/em><\/p>\n<p><strong><em>Double mission du mouvement fran\u00e7ais de Londres&nbsp;: aider la France \u00e0 trouver au fond de son malheur une inspiration conforme \u00e0 son g\u00e9nie et aux besoins actuels des hommes en d\u00e9tresse, et r\u00e9pandre cette inspiration \u00e0 travers le monde.<\/em><\/strong><\/p>\n<p><em>1\u00e8re t\u00e2che&nbsp;: il faut un organisme de r\u00e9ception en France, charg\u00e9 de discerner les pens\u00e9es et besoins sourds du peuple.<\/em><\/p>\n<p><strong><em>Il faut pour cette t\u00e2che un int\u00e9r\u00eat passionn\u00e9 pour les \u00eatres humains, une capacit\u00e9 \u00e0 se mettre \u00e0 leur place et \u00e0 faire attention aux signes des pens\u00e9es non exprim\u00e9es, un certain sens intuitif de l\u2019histoire en cours et la facult\u00e9 d\u2019exprimer par \u00e9crit des nuances d\u00e9licates et relations complexes.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"3\">\n<li><strong> Une politique sans la force&nbsp;? \/ Politique de la faiblesse (semble contradictoire dans les termes)&nbsp;: construire une civilisation fond\u00e9e sur la conscience et l\u2019amour de notre faiblesse<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>La force par nature est oppressive.<\/p>\n<p>RCLOS<em>&nbsp;<\/em><strong>: <\/strong><em>Ce n\u2019est pas la mani\u00e8re dont on use d\u2019une force qui d\u00e9termine ou non si elle oppressive, mais sa nature m\u00eame.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>RCLOS<strong>&nbsp;:<\/strong><\/p>\n<p><em>L\u2019unique possibilit\u00e9 de salut&nbsp;: une coop\u00e9ration m\u00e9thodique de tous, puissants et faibles, en vue d\u2019une d\u00e9centralisation progressive de la vie sociale. Mais impossible que cela advienne dans une civilisation qui repose sur la rivalit\u00e9.<\/em><\/p>\n<p><em>&nbsp;<\/em><\/p>\n<p>Connaissance du malheur ou du moins exp\u00e9rience que tous peuvent y \u00eatre soumis et que la force n\u2019appartient pas \u00e0 ceux qui l\u2019exercent.<\/p>\n<p><strong>Civilisation fond\u00e9e sur la conscience de notre faiblesse, et qu\u2019elle est belle<\/strong> car c\u2019est ce qui nous rend capable de comprendre que nous ne sommes pas les maitres de l\u2019univers mais devons nous rendre ob\u00e9issants \u00e0 Dieu.<\/p>\n<p>C\u2019est ce qui nous rend capable d\u2019aimer en v\u00e9rit\u00e9, en concevant v\u00e9ritablement les autres comme fr\u00e8res&nbsp;: base de la <strong>fraternit\u00e9 <\/strong>au sens fort c\u2019est la conscience du <strong>malheur partag\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>&gt; IPF&nbsp;:<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Le sentiment de la mis\u00e8re humaine est une condition de la justice et de l\u2019amour. <\/em><\/strong><em>Celui qui ignore \u00e0 quel point la fortune variable et la n\u00e9cessit\u00e9 tiennent toute \u00e2me humaine sous leur d\u00e9pendance ne peut pas regarder ni aimer comme des semblables ceux que le hasard a s\u00e9par\u00e9 de lui par un abime.<\/em><\/p>\n<p><em>La diversit\u00e9 des contraintes qui p\u00e8sent sur les hommes fait naitre l\u2019illusion qu\u2019il y a parmi eux des esp\u00e8ces distinctes. Il n\u2019est possible d\u2019aimer et d\u2019\u00eatre juste que si l\u2019on conna\u00eet l\u2019empire de la force et que l\u2019on sait ne pas le respecter.<\/em><\/p>\n<p><em>Retrouver le G\u00e9nie \u00e9pique contenu dans l\u2019Iliade&nbsp;:<\/em> <strong><em>savoir que rien n\u2019est \u00e0 l\u2019abri de la force, ne jamais admirer la force, ne pas ha\u00efr les ennemis et ne pas m\u00e9priser les malheureux.<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>&nbsp;<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Notre faiblesse (physique, psychique et sociale) est ce qui nous rend capable d\u2019\u00eatre expos\u00e9 au malheur, et par l\u00e0 d\u2019\u00eatre rendu semblable \u00e0 Dieu, d\u2019aimer comme le Christ.<\/p>\n<p>ADM<strong><em>&nbsp;<\/em><\/strong>:<\/p>\n<p><em>Il ne faut pas d\u00e9sirer le malheur car cela est contre-nature, et surtout le malheur est par essence ce qu\u2019on subit malgr\u00e9 soi. Mais on peut seulement d\u00e9sirer, au cas o\u00f9 cela nous arrive, qu\u2019il constitue une participation \u00e0 la croix du Christ.<\/em><\/p>\n<p>Mais <strong><em>ce qu\u2019il est permit d\u2019aimer et qui est perp\u00e9tuellement pr\u00e9sent, c\u2019est la possibilit\u00e9 du malheur. Triple fragilit\u00e9 en nous<\/em><\/strong> <em>qui nous expose au malheur&nbsp;: notre chair est fragile, notre \u00e2me est vuln\u00e9rable et sujette \u00e0 des d\u00e9pressions sans causes, et \u00e0 d\u2019autres \u00eatres fragiles et capricieux, notre personne sociale est constamment expos\u00e9e \u00e0 tous les hasards.<\/em><\/p>\n<p>Cette fragilit\u00e9 infinie, on peut continuellement la regarder et en remercier Dieu. <strong><em>Car cette faiblesse rend possible, \u00e9ventuellement, l\u2019op\u00e9ration qui nous clouerait au centre de la croix.<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Nous pouvons penser \u00e0 cette fragilit\u00e9, avec reconnaissance, dans n\u2019importe quelle souffrance, dans les moments indiff\u00e9rents et \u00e0 l\u2019occasion de toutes les joies, car cette pens\u00e9e ne trouble pas la joie, elle en devient seulement d\u2019une douceur plus poignante et p\u00e9n\u00e9trante, co la fragilit\u00e9 des fleurs de cerisiers en accroit la beaut\u00e9.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>CCL&nbsp;:<\/p>\n<p>&gt; politique v\u00e9ritable comme r\u00e9ponse au malheur des hommes. Pour cela il faut \u00eatre capable de r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019appel, r\u00e9pondre \u00e0 notre vocation politique. \u00c0 la fois travail personnel, de se rendre capable de l\u2019attention aux malheureux, par l\u2019union \u00e0 Dieu, et si le malheur nous est donn\u00e9 par la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la croix du Christ. \u00catre saint pour que Dieu aime \u00e0 travers nous, puisque lui seul peut aimer les malheureux.<\/p>\n<p>&gt; Ensuite travailler \u00e0 ce que d\u2019autres hommes soient rendus capable de cela, par la suppression des collectivit\u00e9s aveugles (ou le contournement?), en redonnant le pouvoir d\u2019agir, de penser aux individus&nbsp;: recr\u00e9er des communaut\u00e9s. Et en r\u00e9pandant le sens et la valeur de la fragilit\u00e9 humaine. En permettant aux hommes de r\u00e9pondre \u00e0 leur d\u00e9sir de grandeur, d\u2019accomplir leur vocation politique.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce texte est la trace de l&rsquo;intervention d&rsquo;Anne Waeles lors de la journ\u00e9e Simone Weil num\u00e9ro 2 qui a eu lieu au Simone, \u00e0 Lyon, 45, rue Vaubecour. Introduction&nbsp;: &gt;&hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":5,"featured_media":7892,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[872,1033,930,1032,933],"class_list":["post-7914","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-articles","tag-altercathos-2","tag-journee-simone-weil","tag-le-simone","tag-malheur","tag-simone-weil","clearfix"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lesalternativescatholiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7914","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lesalternativescatholiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lesalternativescatholiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lesalternativescatholiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/5"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lesalternativescatholiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7914"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.lesalternativescatholiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7914\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lesalternativescatholiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/7892"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lesalternativescatholiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7914"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lesalternativescatholiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=7914"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lesalternativescatholiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=7914"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}