{"id":7648,"date":"2017-11-29T10:34:46","date_gmt":"2017-11-29T09:34:46","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lesalternativescatholiques.fr\/?p=7648"},"modified":"2017-11-29T10:56:45","modified_gmt":"2017-11-29T09:56:45","slug":"barcelone-cest-pas-la-bretagne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lesalternativescatholiques.fr\/?p=7648","title":{"rendered":"Barcelone, c\u2019est pas la Bretagne."},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Ce qui se joue \u00e0 Barcelone actuellement ne se limite pas \u00e0 une simple logique \u00ab\u00a0identitaire\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0\u00e9conomique\u00a0\u00bb banale, \u00e0 une affaire de \u00ab\u00a0nationalisme r\u00e9gional\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0tensions \u00e9conomiques\u00a0\u00bb. Nous devons regarder l&rsquo;ind\u00e9pendantisme catalan comme un fait territorial, un des effets in\u00e9dits de la m\u00e9tropolisation sur la sph\u00e8re politique.<\/p>\n<p>L&rsquo;autonomisation des m\u00e9tropoles vis-\u00e0-vis des \u00c9tats nations est une tendance lourde \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale. Les grandes villes d\u00e9veloppent aujourd&rsquo;hui d&rsquo;abord des relations entre elles, au sein de ce que les g\u00e9ographes appellent un \u00ab\u00a0archipel mondial\u00a0\u00bb (Dollfus), bien plus qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des espaces nationaux. En plus de concentrer les moteurs de la croissance \u00e9conomique, les m\u00e9tropoles vivent au diapason de l&rsquo;\u00e9conomie mondialis\u00e9e. Les instances de dialogue entre m\u00e9tropoles au niveau mondial se sont d&rsquo;ailleurs multipli\u00e9es\u00a0: le C40, rassemblant les maires des 40 plus grandes villes du monde, est le pendant des G20 et autre G8. On a vu r\u00e9cemment les m\u00e9tropoles am\u00e9ricaines se mobiliser contre le retrait des \u00c9tats-Unis de l&rsquo;Accord de Paris, dans cette m\u00eame logique \u00ab\u00a0<i>cities vs. states<\/i>\u00a0\u00bb. Au moment du Brexit, une p\u00e9tition, certes fantasque, r\u00e9clamait \u00e9galement l\u2019ind\u00e9pendance de Londres, pour lui permettre de demeurer dans l\u2019Union Europ\u00e9enne. Plus s\u00e9rieusement que la menace d\u2019un improbable \u00ab\u00a0Lexit\u00a0\u00bb, Anne Hidalgo et Sadiq Kahn ont publi\u00e9 une tribune des plus significatives, exprimant leur d\u00e9termination pour continuer \u00e0 travailler ensemble. Le texte insiste d\u2019abord sur l\u2019appartenance des deux capitales au club restreint des \u00ab\u00a0quelques villes vraiment globales\u00a0\u00bb, avant d\u2019ajouter\u00a0: \u00ab\u00a0Si le XIXe si\u00e8cle a \u00e9t\u00e9 d\u00e9fini par les empires et le XXe si\u00e8cle par les \u00c9tats-nations, le XXIe si\u00e8cle est celui des villes-mondes\u00a0\u00bb. Plagiant ainsi la phrase d\u00e9sormais c\u00e9l\u00e8bre de Wellington Webb, l\u2019ancien maire de Denvers, Londres et Paris affirment vouloir \u00eatre \u00ab\u00a0un contrepoids puissant face \u00e0 la l\u00e9thargie des \u00c9tats-nations\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Revenons au cas barcelonais. Il est embl\u00e9matique de cette mont\u00e9e en puissance des villes, avec une \u00e9conomie m\u00e9tropolitaine florissante dans un pays qui accuse encore les contrecoups de la crise de 2008. Barcelone, c&rsquo;est certes 20% du PIB de l&rsquo;Espagne, mais c&rsquo;est aussi 50% de l&rsquo;activit\u00e9 \u00e0 forte valeur ajout\u00e9e (arts, haute gastronomie, sciences). Cela suppose une \u00ab\u00a0dette\u00a0\u00bb espagnole \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard d&rsquo;un territoire qui compense largement les difficult\u00e9s d&rsquo;une partie du pays. On ne se trouve pas uniquement face \u00e0 un territoire \u00ab\u00a0riche\u00a0\u00bb dans une Espagne \u00ab\u00a0en difficult\u00e9\u00a0\u00bb, mais face \u00e0 une m\u00e9tropole qui, comme d&rsquo;autres, vit toujours plus en d\u00e9calage par rapport \u00e0 l&rsquo;espace national. Cet effet de d\u00e9calage nourrit le ressentiment et l&rsquo;aspiration \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance. Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019\u00e9vacuer le facteur proprement culturel et historique de l\u2019ind\u00e9pendantisme catalan, mais de voir comment l\u2019aventure m\u00e9tropolitaine vient r\u00e9activer ce sentiment de \u00ab\u00a0particularisme\u00a0\u00bb tout en nourrissant aupr\u00e8s des \u00e9lites la conviction que Barcelone se porterait bien mieux loin de Madrid.<\/p>\n<blockquote>\n<p>Il y a un facteur proprement \u00ab\u00a0m\u00e9tropolitain\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendantisme catalan\u00a0: Barcelone, ce serait, en gros, la Corse dot\u00e9e de la dynamique lyonnaise.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il n\u2019est donc pas question, uniquement, de \u00ab\u00a0r\u00e9gions plus riches\u00a0\u00bb au sein de l\u2019Europe, caract\u00e9ris\u00e9es par le fait d&rsquo;\u00eatre fortement contributrices pour la solidarit\u00e9 nationale. Il s\u2019agit de logiques \u00e9chappant de plus en plus au cadre des \u00c9tats-nations pour redessiner l\u2019espace politique. Alors m\u00eame que la fracture ne cesse de s\u2019\u00e9largir entre les m\u00e9tropoles et le restant des territoires, ils doivent en effet cohabiter ensemble au sein d\u2019un m\u00eame espace politique travers\u00e9 par des crises profondes vis-\u00e0-vis de la mondialisation et de leurs politiques \u00e9conomiques. Lorsque ces tensions territoriales viennent se superposer \u00e0 des ph\u00e9nom\u00e8nes culturels pr\u00e9existants, la situation devient explosive, comme \u00e0 Barcelone et, dans une moindre mesure, dans les Flandres et en Lombardie. Ces situations doivent \u00eatre diff\u00e9renci\u00e9es de celles de l\u2019Ecosse, de la Corse ou de la Bretagne, plus classiques, d\u00e9connect\u00e9es de la question m\u00e9tropolitaine (et apais\u00e9es dans le cas de la Corse, plus encore de la Bretagne). Il y a un facteur proprement \u00ab\u00a0m\u00e9tropolitain\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendantisme catalan\u00a0: Barcelone, ce serait, en gros, la Corse dot\u00e9e de la dynamique lyonnaise.<\/p>\n<blockquote>\n<p>La m\u00e9tropolisation pourrait bien alimenter un s\u00e9paratisme d\u2019un nouveau genre dans une Europe \u00e0 deux vitesses<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La m\u00e9tropolisation pourrait bien alimenter un s\u00e9paratisme d\u2019un nouveau genre dans une Europe \u00e0 deux vitesses, alors m\u00eame que l\u2019on croyait l\u2019ind\u00e9pendantisme rel\u00e9gu\u00e9 au rang des vieilleries du XIXe si\u00e8cle. Dans le m\u00eame temps, le Brexit ravive les aspirations s\u00e9paratistes outre-Manche. La question n&rsquo;est aujourd&rsquo;hui plus tant celle de l&rsquo;existence d&rsquo;un peuple comme nation ind\u00e9pendante, notamment par rapport \u00e0 une autre nation, mais plut\u00f4t celle de son inscription libre dans la mondialisation. Il est essentiel d&rsquo;analyser avec pr\u00e9cision les demandes d&rsquo;ind\u00e9pendance au sein de l&rsquo;Union Europ\u00e9enne, sans les englober dans un fourre-tout \u00ab\u00a0nationaliste\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0r\u00e9gionaliste\u00a0\u00bb, qui voudrait que la situation de la Bretagne, de l\u2019\u00c9cosse ou de la Catalogne soient les m\u00eames, port\u00e9es par des \u00ab\u00a0revendications identitaires\u00a0\u00bb sur un mod\u00e8le p\u00e9rim\u00e9 du XIXe. Face \u00e0 cette nouvelle donne, les modes de gouvernance pourraient \u00eatre amen\u00e9s \u00e0 \u00e9voluer pour prendre en compte la situation particuli\u00e8re des grandes m\u00e9tropoles, en r\u00e9ponse au paradoxe suivant\u00a0: dans un univers toujours plus mondialis\u00e9, les relations internationales sont anim\u00e9es par les \u00c9tats, alors m\u00eame que les villes en sont des acteurs-cl\u00e9s. Jusqu\u2019\u00e0 quand\u00a0?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Ce qui se joue \u00e0 Barcelone actuellement ne se limite pas \u00e0 une simple logique \u00ab\u00a0identitaire\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0\u00e9conomique\u00a0\u00bb banale, \u00e0 une affaire de \u00ab\u00a0nationalisme r\u00e9gional\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0tensions \u00e9conomiques\u00a0\u00bb.&hellip; <\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":7650,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-7648","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-articles","clearfix"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lesalternativescatholiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7648","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lesalternativescatholiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lesalternativescatholiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lesalternativescatholiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lesalternativescatholiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=7648"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.lesalternativescatholiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/7648\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lesalternativescatholiques.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/7650"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lesalternativescatholiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=7648"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lesalternativescatholiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=7648"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lesalternativescatholiques.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=7648"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}