{"id":7453,"date":"2017-03-03T11:00:31","date_gmt":"2017-03-03T10:00:31","guid":{"rendered":"https:\/\/lesalternativescatholiques.fr\/?p=7453"},"modified":"2017-11-29T13:32:03","modified_gmt":"2017-11-29T12:32:03","slug":"faut-il-sauver-lautorite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lesalternativescatholiques.fr\/?p=7453","title":{"rendered":"Faut-il sauver l&rsquo;autorit\u00e9 ?"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>L\u2019autorit\u00e9 est un concept qui para\u00eet aujourd\u2019hui aussi central que scl\u00e9ros\u00e9. Est-elle pour autant d\u00e9pass\u00e9e\u00a0? Il semble possible de la refonder en prenant en compte les nouvelles exigences d\u2019accomplissement individuel, pour reconfigurer les relations d\u2019autorit\u00e9, mais aussi en regardant tout autant vers les Anciens que vers le Christ, qui est en d\u00e9finitive la seule autorit\u00e9 v\u00e9ritablement vivifiante, comme Verbe incarn\u00e9 qui se livre sur la Croix.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">O\u00f9 est donc pass\u00e9e l\u2019autorit\u00e9\u00a0? L\u2019heure semble \u00eatre \u00e0 la nostalgie de l\u2019\u00e9poque o\u00f9 celle-ci avait encore un sens, parce qu\u2019alors on la respectait vraiment, n\u2019est-ce pas\u00a0: \u00ab\u00a0Tiens tiens, les pensionnats \/ Les chanteurs \u00e0 croix bois, les taloches, les coups d\u2019trique, la IIIe R\u00e9publique\u00a0\u00bb, se moquait gentiment Vincent Delerm il y a d\u00e9j\u00e0 une dizaine d\u2019ann\u00e9es, \u00e0 propos de cette \u00e9poque b\u00e9nie o\u00f9 les jeunes g\u00e9n\u00e9rations savaient reconna\u00eetre qui \u00e9tait aux commandes et exer\u00e7ait une \u00ab\u00a0saine\u00a0\u00bb autorit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd\u2019hui, on semble osciller entre la volont\u00e9 de se lib\u00e9rer pour de bon de toute autorit\u00e9 ali\u00e9nant l\u2019\u00e9panouissement de sa libert\u00e9, et le volontarisme \u00e0 tout crin visant \u00e0 r\u00e9tablir notamment \u00ab\u00a0l\u2019autorit\u00e9\u00a0\u00bb notamment celle de l\u2019\u00c9tat, sous forme de coups de menton virils n\u2019abusant pas grand monde mais avec une violence certaine dont la l\u00e9gitimit\u00e9 pose question.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que faire donc de cette autorit\u00e9 moribonde\u00a0? L\u2019achever pour de bon\u00a0? La r\u00e9animer \u00e0 toute force tel un monstre du Docteur Frankenstein\u00a0? Et en tant que chr\u00e9tiens, qu\u2019avons-nous \u00e0 dire\u00a0? S\u2019agit-il de restaurer l\u2019autorit\u00e9 hi\u00e9rarchique et de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale un ordre social bien compris, dans une France pr\u00e9tendument rechristianis\u00e9e et forte de son identit\u00e9 bien assum\u00e9e\u00a0? S\u2019agit-il au contraire de lib\u00e9rer les consciences de toute contrainte pass\u00e9iste et r\u00e9trograde en faisant \u00e9merger l\u2019individu autonome\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour sortir de cette dialectique dont les deux termes sont aussi fauss\u00e9s l\u2019un que l\u2019autre, il convient sans doute de reconna\u00eetre que l\u2019autorit\u00e9 que l\u2019on pr\u00e9tend g\u00e9n\u00e9ralement restaurer est bel et bien morte, mais que de la mort de cette autorit\u00e9 peut resurgir une appr\u00e9ciation purifi\u00e9e de cette notion qui, bien comprise, demeure essentielle. N\u2019est-ce pas celle qu\u2019ont reconnue au Christ ceux qui l\u2019entendaient, comme une puissance de vie contre les s\u00e9pulcres blanchis des scribes et des pharisiens\u00a0?<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>L\u2019autorit\u00e9 scl\u00e9ros\u00e9e<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019autorit\u00e9 telle qu\u2019on l\u2019a longtemps entendue est morte \u2013 au mieux, d\u00e9vitalis\u00e9e\u00a0; \u00e0 tout le moins, elle est en crise radicale. Les recettes habituelles semblent ne plus fonctionner. Plut\u00f4t que d\u2019accuser ceux qui ne l\u2019acceptent plus, il faut se demander ce qui a chang\u00e9 pour qu\u2019elle ait ainsi cess\u00e9 d\u2019\u00eatre recevable.\u00a0<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le mod\u00e8le que l\u2019on voudrait garder a \u00e9t\u00e9 celui que l\u2019on pourrait reconna\u00eetre en Abraham\u00a0: <em>Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac\u00a0; va-t-en au pays de Moriah et l\u00e0, offre-le en holocauste sur l\u2019une des montagnes que je te dirai<\/em> (Gn 22, 2). Et Abraham va sacrifier son fils, sans sourciller ni se rebeller, parce que le Seigneur le lui a demand\u00e9. Puisque j\u2019ai confiance en l\u2019autorit\u00e9, je me dois d\u2019accomplir ce qui m\u2019est command\u00e9, jusqu\u2019au sacrifice de moi-m\u00eame ou des autres s\u2019il le faut dans les cas les plus extr\u00eames. Passons sur les r\u00e9surgences les plus manifestes que cela a pu avoir dans des syst\u00e8mes politiques sacrifiant l\u2019individu sur l\u2019autel de l\u2019\u00c9tat\u00a0: cette vision s\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 impos\u00e9e plus largement dans nos soci\u00e9t\u00e9s, en particulier autour de figures diverses plac\u00e9es au service de la communaut\u00e9, que ce soit l\u2019agent de police ou l\u2019enseignant, investis par d\u00e9l\u00e9gation de l\u2019aura de la soci\u00e9t\u00e9. C\u2019est ce c\u00f4t\u00e9 IIIe R\u00e9publique que tant semblent regretter aujourd\u2019hui.<\/p>\n<figure id=\"attachment_7468\" aria-describedby=\"caption-attachment-7468\" style=\"width: 510px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-7468\" src=\"https:\/\/lesalternativescatholiques.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/510_sacrifice.jpg\" alt=\"\" width=\"510\" height=\"392\" srcset=\"https:\/\/www.lesalternativescatholiques.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/510_sacrifice.jpg 510w, https:\/\/www.lesalternativescatholiques.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/510_sacrifice-235x181.jpg 235w\" sizes=\"(max-width: 510px) 100vw, 510px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-7468\" class=\"wp-caption-text\">Ce que Dieu veut, Dieu le veut. Ou finalement pas.<\/figcaption><\/figure>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce mod\u00e8le, le bien-fond\u00e9 de l\u2019autorit\u00e9, ou en l\u2019occurrence des autorit\u00e9s, est reconnu par principe. Pour que cela tienne, en effet, \u00ab\u00a0il faut que tout d\u00e9tenteur de l\u2019autorit\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 (roi, pr\u00eatre, juge, professeur, p\u00e8re, etc.) soit un simple porte-parole de la Loi, investi d\u2019une portion de son infinit\u00e9 qui le place infiniment au-dessus de ceux auxquels il donne ses ordres\u00a0\u00bb (Carlos Tinoco, p. 221). Et si l\u2019on subit cette autorit\u00e9, enfant, ou quand on est tenu d\u2019ob\u00e9ir \u00e0 l\u2019une de ses incarnations, on peut \u00e0 son tour \u00eatre ou devenir autorit\u00e9 pour d\u2019autres, en exer\u00e7ant par exemple son autorit\u00e9 d\u2019adulte ou de parent. L\u2019ob\u00e9issance est attendue sans question possible, avec comme seule att\u00e9nuation la possibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre \u00e0 son tour en position de l\u2019exiger d\u2019une autre personne situ\u00e9e en position d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9. Et tant pis pour ceux qui resteront toujours l\u2019inf\u00e9rieur d\u2019un autre\u00a0: <em>dura lex, sed lex<\/em>. Le respect demand\u00e9 est une soumission, au nom de la Loi, au nom de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, au nom d\u2019un ordre transcendant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette vision, s\u2019il y a des conflits, des questions nouvelles qui surgissent, la solution ne sera donn\u00e9e que de fa\u00e7on verticale, par ceux qui sont investis de l\u2019autorit\u00e9 pour cela \u2013 au risque, il est vrai, de ruptures ou de schismes quand ces personnes choisissent de refonder l\u2019ordre sur d\u2019autres bases. Pour autant, le principe m\u00eame de l\u2019autorit\u00e9 n\u2019est alors pas tant remis en cause qu\u2019\u00e9parpill\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La rupture qui s\u2019est produite est l\u2019\u00e9mergence d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 dont le fondement est l\u2019individu, sujet r\u00e9clamant des droits, comme le rappelait encore Pierre Manent au Coll\u00e8ge sup\u00e9rieur le 4 janvier dernier, et non plus le citoyen, animal politique et rationnel, ins\u00e9r\u00e9 dans un corps social et politique. Ce basculement d\u2019un mod\u00e8le cens\u00e9 \u00e9liminer l\u2019inimiti\u00e9, pour vivre entre amis, \u00e0 un mod\u00e8le fond\u00e9 sur la concurrence d\u2019individus semblables entre eux, a comme expression la plus manifeste le commerce, \u00ab\u00a0profession des gens \u00e9gaux\u00a0\u00bb selon Montesquieu. La parole politique, rappelait Pierre Manent, n\u2019est pas seulement vou\u00e9e \u00e0 rassembler des informations permettant au \u00ab\u00a0man on the spot\u00a0\u00bb, repr\u00e9sentant l\u2019id\u00e9al de la soci\u00e9t\u00e9 marchande, de prendre les meilleures d\u00e9cisions \u00e9conomiques\u00a0: elle doit aussi permettre d\u2019encourager la d\u00e9lib\u00e9ration et la prise de d\u00e9cision pour que les citoyens puissent agir en vue d\u2019un horizon commun que le march\u00e9 est incapable de produire. Or, la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u2019une action, et plus largement les formes d\u2019autorit\u00e9, ne sont plus cherch\u00e9es au sein d\u2019un corps social et politique, mais au dehors \u2013 la politique est somm\u00e9e de s\u2019adapter \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 que repr\u00e9sente la mondialisation (l\u00e0 o\u00f9 l\u2019enjeu, pr\u00e9cise Pierre Manent, serait non pas de refuser de s\u2019adapter, mais de d\u00e9terminer le sens de l\u2019adaptation que nous choisissons d\u2019op\u00e9rer).<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><em>\u00ab Le retour \u00e0 ces institutions \u00e0 la fois int\u00e9rieures et ext\u00e9rieures ne para\u00eet pas plus envisageable que la revitalisation des syst\u00e8mes politiques actuels en l\u2019\u00e9tat actuel des choses. \u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pierre Manent note la disparition d\u2019institutions qui soient \u00e0 la fois int\u00e9rieures et ext\u00e9rieures au corps politique, comme les dynasties royales europ\u00e9ennes, qui ont laiss\u00e9 la place \u00e0 des d\u00e9mocraties puisant leur l\u00e9gitimit\u00e9 en elles-m\u00eames, mais d\u00e9sormais elles-m\u00eames d\u00e9consid\u00e9r\u00e9es par l\u2019appel \u00e0 reconna\u00eetre une l\u00e9gitimit\u00e9 ext\u00e9rieure (la mondialisation, l\u2019\u00e9conomie\u2026). La crise para\u00eet en r\u00e9alit\u00e9 plus profonde\u00a0: le retour \u00e0 ces institutions \u00e0 la fois int\u00e9rieures et ext\u00e9rieures ne para\u00eet pas plus envisageable que la revitalisation des syst\u00e8mes politiques actuels en l\u2019\u00e9tat actuel des choses. Le roi comme le pr\u00e9sident, pour ne pas parler des ministres et autres autorit\u00e9s, se voient largement d\u00e9consid\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Autorit\u00e9 et\u00a0\u00e9panouissement personnel<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui primait \u00e9tait le devoir, c\u2019est aujourd\u2019hui le bonheur de chacun par un accomplissement qui lui est propre et que personne ne saurait lui dicter. De fait, on constate deux bouleversements. Le premier est que \u00ab\u00a0le mouvement de la\u00efcisation de la Loi est parvenu \u00e0 un point tel que nous ne parvenons m\u00eame plus \u00e0 substituer une instance sup\u00e9rieure cr\u00e9dible \u00e0 ce Dieu que nous avons enterr\u00e9. [\u2026] Non seulement nous refusons de recevoir notre Loi sous forme d\u2019une pr\u00e9tendue parole r\u00e9v\u00e9l\u00e9e, mais surtout nous fondons la discussion sur l\u2019absence de toute r\u00e9f\u00e9rence qui nous permettrait de trancher avec certitude\u00a0\u00bb, comme le montrent tous les d\u00e9bats \u00e9thiques et soci\u00e9taux. \u00ab\u00a0Seul demeure notre d\u00e9sir collectif\u00a0: dans quelle soci\u00e9t\u00e9, avec quelles r\u00e8gles, voulons-nous vivre\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le deuxi\u00e8me, qui rejoint les analyses de Pierre Manent, est que \u00ab\u00a0l\u2019id\u00e9ologie lib\u00e9rale \u2013 comme syst\u00e8me de pens\u00e9e coh\u00e9rent permettant de construire le bonheur collectif \u00e0 partir du march\u00e9 \u2013 est en miettes\u00a0: tout le monde a admis depuis longtemps que les axiomes qui rendaient le m\u00e9canisme possible dans la pens\u00e9e d\u2019Adam Smith sont faux ou irr\u00e9alisables.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La cons\u00e9quence est claire\u00a0: \u00ab\u00a0dans la sid\u00e9ration du vide, on observe, comme toujours, une crispation toujours plus grande autour d\u2019\u00e9l\u00e9ments signifiants qui permettent en urgence de masquer la b\u00e9ance\u00a0: il faut toujours plus de statistiques ou de paroles d\u2019experts \u00e0 l\u2019appui de la parole politique, pour continuer encore un peu \u00e0 croire qu\u2019une rationalit\u00e9 y est \u00e0 l\u2019\u0153uvre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce probl\u00e8me se manifeste de fa\u00e7on essentielle et caract\u00e9ristique dans l\u2019inversion de ce que Tinoco appelle la \u00ab\u00a0dette symbolique\u00a0\u00bb entre parents et enfants. De Rodrigue aux crimes pour l\u2019honneur, la soci\u00e9t\u00e9 occidentale rejette d\u00e9sormais, et personne ne s\u2019en plaindra, l\u2019id\u00e9e qu\u2019un enfant doive tout \u00e0 sa famille et ses ascendants, jusqu\u2019\u00e0 sa vie que l\u2019on peut lui reprendre s\u2019il risque de leur causer du tort. Auparavant, le p\u00e8re pouvait, sinon mettre \u00e0 mort ses enfants comme le <em>pater familias <\/em>romain, du moins d\u00e9truire ou nier presque compl\u00e8tement la relation de filiation, ce qui s\u2019av\u00e9rait socialement destructeur. Aujourd\u2019hui, la naissance d\u2019un enfant est re\u00e7ue comme un choix \u00e0 assumer, qui induit une responsabilit\u00e9. Cela n\u2019annule naturellement pas, dans les repr\u00e9sentations, tout id\u00e9e de dette ou de reconnaissance des enfants envers leurs parents, mais \u00ab\u00a0cette dette ne trouve plus, dans le discours g\u00e9n\u00e9ral sur l\u2019ordre social, de quoi s\u2019exprimer, sinon s\u2019incarner.\u00a0\u00bb (Tinoco, p. 226).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Auparavant, l\u2019autorit\u00e9 reposait sur une confiance en la Loi\u00a0: l\u2019enfant craignait la punition, mais il pouvait \u00ab\u00a0trouver refuge dans l\u2019image d\u2019une figure parentale forte, qui <em>sait ce qui est bien<\/em>.\u00a0\u00bb La paire de claques ou la fess\u00e9e, du reste en voie d\u2019interdiction d\u00e9finitive chez nous, ne fonctionnaient pas en tant que telles, mais comme premier degr\u00e9 d\u2019une \u00e9chelle de sanctions pouvant conduire \u00e0 une violence aujourd\u2019hui inimaginable. Aujourd\u2019hui, la gifle ne serait plus adress\u00e9e dans la certitude d\u2019\u00eatre le d\u00e9positaire de la Loi, mais inflig\u00e9e sur fond de sentiment d\u2019\u00e9chec et de culpabilit\u00e9, sur lequel l\u2019enfant n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 jouer avec une lucidit\u00e9 parfois \u00e9tonnante sur les failles de l\u2019autorit\u00e9. Et pour peu qu\u2019un acc\u00e8s de violence soudaine constitue une r\u00e9elle menace de mort implicite contre l\u2019enfant, momentan\u00e9ment terroris\u00e9, il ne fait que manifester l\u2019impuissance totale de l\u2019autorit\u00e9 suppos\u00e9e lui donner des rep\u00e8res. Le r\u00e9sultat est qu\u2019il devient encore plus n\u00e9cessaire pour l\u2019enfant de r\u00e9sister \u00e0 cette autorit\u00e9 destitu\u00e9e et de la provoquer, pour tenter de retrouver en elle un rep\u00e8re qui l\u2019aide \u00e0 se constituer comme Sujet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la place de la dissym\u00e9trie entre le savoir de l\u2019autorit\u00e9 et l\u2019ignorance de celui qui s\u2019y soumet, on observe d\u00e9sormais un questionnement depuis deux points diff\u00e9rents\u00a0: certains y voient l\u2019abomination de l\u2019abomination soixante-huitarde selon laquelle tout serait d\u00e9sormais n\u00e9gociable, l\u2019autorit\u00e9 \u00e0 l\u2019ancienne et la relation contrainte ayant laiss\u00e9 la place \u00e0 la relation purement contractuelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><em>\u00ab Dans le d\u00e9sir, il y a une relation entre deux sujets. \u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or la n\u00e9gociation, qu\u2019elle soit directe (ce qui n\u00e9cessite des conditions particuli\u00e8res pour \u00eatre mise en place) ou indirecte (l\u2019\u00e9change de bons proc\u00e9d\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0un g\u00e2teau si tu es sage\u00a0\u00bb) n\u2019est pas tant l\u2019enjeu, que l\u2019investigation sur le d\u00e9sir de deux sujets\u00a0: qu\u2019est-ce que je veux vraiment\u00a0? Qu\u2019est-ce que l\u2019autre veut vraiment en voulant le contraire\u00a0? Dans le d\u00e9sir \u2013 Ren\u00e9 Girard en a suffisamment parl\u00e9 \u2013, il n\u2019y pas seulement relation \u00e0 un objet de d\u00e9sir, il y a une relation entre des sujets\u00a0: toute demande concernant un objet est aussi adress\u00e9e \u00e0 un sujet, et le conflit sur un objet est souvent d\u2019abord un conflit entre sujets, une \u00e9preuve de la relation et de la capacit\u00e9 de l\u2019autre \u00e0 entendre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une demande peut ainsi ne pas \u00eatre rationnelle sans pour autant constituer un simple caprice\u00a0: \u00ab\u00a0reconna\u00eetre l\u2019enfant comme Sujet, ce n\u2019est pas n\u00e9gocier avec lui, c\u2019est l\u2019autoriser et l\u2019aider \u00e0 tenir un discours sur son d\u00e9sir.\u00a0\u00bb Ainsi seulement peut se d\u00e9velopper une confiance r\u00e9ciproque qui \u00ab\u00a0n\u2019est pas \u00e0 comprendre sur le mod\u00e8le du march\u00e9. Elle n\u2019est pas la confiance de deux individus autonomes, sym\u00e9triques, qui commercent ensemble \u00e0 intervalles r\u00e9guliers. Ici, il s\u2019agit de la confiance de deux Sujets qui sont engag\u00e9s dans une relation symboliquement tr\u00e8s forte\u00a0: celle entre un parent et son enfant. Elle implique une dissym\u00e9trie fondamentale, mais dissym\u00e9trie ne signifie pas incommensurabilit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019affrontement \u00e9ventuel se fait ainsi avec l\u2019autre <em>en tant que Sujet<\/em>, le refus d\u2019acc\u00e9der \u00e0 son d\u00e9sir ne nie pas son statut de sujet. La position de l\u2019adulte quant aux r\u00e8gles qu\u2019il d\u00e9finit peut \u00eatre arbitraire, \u00eatre une affirmation de sa propre subjectivit\u00e9, une cons\u00e9quence de sa propre histoire, mais alors l\u2019enfant reste en position de s\u2019y opposer, et de fonder un autre ordre \u00e0 son tour, une fois adulte. La dissym\u00e9trie demeure donc dans toute relation d\u2019autorit\u00e9, mais l\u2019enjeu pour celui qui l\u2019exerce, plus que dans l\u2019appropriation d\u2019un discours d\u2019autorit\u00e9, est \u00ab\u00a0dans [sa] capacit\u00e9 \u00e0 investir la position ad\u00e9quate\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 respecter en celui dont il est responsable le statut de sujet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur quel mod\u00e8le alors se r\u00e9gler pour apprendre \u00e0 exercer cette autorit\u00e9 nouvelle qui semble renverser l\u2019ordre ancien\u00a0? Et, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9, qu\u2019est-ce qui fait que l\u2019on reconna\u00eet une telle autorit\u00e9 au point de lui ob\u00e9ir, dans le respect de l\u2019autonomie et du respect que nous r\u00e9clamons\u00a0?<\/p>\n<figure id=\"attachment_7459\" aria-describedby=\"caption-attachment-7459\" style=\"width: 780px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" class=\"wp-image-7459 size-large\" src=\"https:\/\/lesalternativescatholiques.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/ob_a23b74_de-la-peur-a-la-foi-780x488.jpg\" width=\"780\" height=\"488\" srcset=\"https:\/\/www.lesalternativescatholiques.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/ob_a23b74_de-la-peur-a-la-foi-780x488.jpg 780w, https:\/\/www.lesalternativescatholiques.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/ob_a23b74_de-la-peur-a-la-foi-235x147.jpg 235w, https:\/\/www.lesalternativescatholiques.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/ob_a23b74_de-la-peur-a-la-foi-768x480.jpg 768w, https:\/\/www.lesalternativescatholiques.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/03\/ob_a23b74_de-la-peur-a-la-foi.jpg 896w\" sizes=\"(max-width: 780px) 100vw, 780px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-7459\" class=\"wp-caption-text\">Le r\u00eave de tout enseignant : \u00ab\u00a0Quel est donc celui-ci, \u00e0 qui ob\u00e9issent m\u00eame le vent et la mer\u00a0? \u00bb (Mc 4, 41)<\/figcaption><\/figure>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>L\u2019autorit\u00e9 vivifiante\u00a0: J\u00e9sus, Verbe incarn\u00e9 offert pour nous sur la Croix<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce que nous cherchons, c\u2019est une autorit\u00e9 proprement vivante et juste. Il n\u2019est sans doute pas inutile de regarder du c\u00f4t\u00e9 des Anciens pour en renouveler la compr\u00e9hension\u00a0: \u00a0ainsi le terme d\u2019<em>auctoritas<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>augeo<\/em>, qui signifie \u00ab\u00a0augmenter\u00a0\u00bb, d\u00e9crit le fait d\u2019ajouter de la valeur \u00e0 quelque chose, en s\u2019en rendant le garant \u2013 par exemple, pour une \u0153uvre dont on se d\u00e9clare l\u2019auteur, et qui se trouve ainsi valid\u00e9e et rendue plus fiable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Appliqu\u00e9e aux personnes, l\u2019autorit\u00e9 est alors tout autre chose qu\u2019une contrainte descendante\u00a0: elle est au contraire ce qui \u00e9l\u00e8ve et am\u00e9liore une personne. Avoir autorit\u00e9 sur quelqu\u2019un, c\u2019est l\u2019aider effectivement \u00e0 cro\u00eetre. Ce que nous tentons p\u00e9niblement aujourd\u2019hui de mettre en lumi\u00e8re, dans la relation juste entre deux sujets plac\u00e9s dans une situation dissym\u00e9trique, est d\u00e9j\u00e0 pleinement pr\u00e9sent dans le terme latin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le terme grec, <em>exousia<\/em>, est encore plus riche de sens\u00a0: il \u00e9voque un pouvoir, entendu \u00e9tymologiquement au sens d\u2019une capacit\u00e9, autrement dit une forme de permission ou de libert\u00e9. Dans une dimension abusive, il peut certes d\u00e9signer une forme de tyrannie. Mais c\u2019est aussi le terme qui permet de reconna\u00eetre ce que l\u2019enseignement de J\u00e9sus a d\u2019absolument singulier\u00a0: <em>Apr\u00e8s que J\u00e9sus eut achev\u00e9 ces discours, la foule fut frapp\u00e9e de sa doctrine\u00a0; car il enseignait comme ayant autorit\u00e9, et non pas comme leurs scribes<\/em> (<em>Mt<\/em> 7, 28-29) \u2013 la Vulgate parle ici de <em>potestas<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire une forme de puissance l\u00e9gitime, qui autorise ou est autoris\u00e9e. Les scribes savent et enseignent, mais cet enseignement est fig\u00e9, mort et donc potentiellement mortif\u00e8re. J\u00e9sus n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 enjoindre de faire ce que disent les scribes et les pharisiens, qui est l\u00e9gitime, mais sans se r\u00e9gler sur leur attitude, qui est fausse ou hypocrite (Mt 23, 1-7).<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><em>\u00ab J\u00e9sus n\u2019entend pas supprimer la Loi mais en restituer la signification premi\u00e8re. \u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui est propre \u00e0 J\u00e9sus, c\u2019est d\u2019\u00eatre autoris\u00e9 \u00e0 parler et d\u2019\u00eatre libre par rapport \u00e0 la Loi, non pour s\u2019en affranchir, mais pour lui redonner constamment un sens vivant, non pas en fonction d\u2019arrangements l\u00e9gaux, mais en fonction de l\u2019appel qu\u2019elle constitue. Ainsi peut-il affirmer, \u00e0 propos de la r\u00e9pudiation\u00a0: \u00ab\u00a0<em>C\u2019est \u00e0 cause de la duret\u00e9 de votre c\u0153ur que Mo\u00efse vous a permis de r\u00e9pudier vos femmes\u00a0; au commencement, il n\u2019en \u00e9tait pas ainsi<\/em>\u00a0\u00bb (<em>Mt<\/em> 19, 8). J\u00e9sus n\u2019entend pas supprimer la Loi mais en restituer la signification premi\u00e8re, celle qui \u00ab\u00a0au commencement\u00a0\u00bb, \u00e0 l\u2019origine, dans le projet divin, est source de vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est en ce sens que son autorit\u00e9 rejoint nos pr\u00e9occupations contemporaines sur l\u2019autorit\u00e9 comme rencontre de deux subjectivit\u00e9s, sources de d\u00e9sirs, et dont l\u2019une doit \u00eatre une aide pour la croissance de l\u2019autre. Entre le juridisme st\u00e9rile et le rejet de la Loi, de la volont\u00e9 du P\u00e8re, il dessine un chemin consistant bien souvent \u00e0 creuser le d\u00e9sir le plus profond enfoui dans les c\u0153urs, pour qu\u2019il vienne r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019appel du P\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est le sens magnifique du dialogue avec la Samaritaine, qu\u2019il commence par reconna\u00eetre comme une v\u00e9ritable personne\u00a0: <em>Comment toi, qui es Juif, me demandes-tu \u00e0 boire, \u00e0 moi qui suis une femme samaritaine\u00a0?<\/em> (Jn 4, 9). Puis il l\u2019am\u00e8ne progressivement, en interpr\u00e9tant et en actualisant la compr\u00e9hension des traditions scripturaires et orales sur le puits de Jacob, \u00e0 exprimer son d\u00e9sir d\u2019une eau vivifiante, et aussit\u00f4t \u00e0 reconna\u00eetre qu\u2019elle en est \u00e0 son sixi\u00e8me homme, le dernier n\u2019\u00e9tant pas m\u00eame son mari\u00a0: la qu\u00eate du v\u00e9ritable \u00e9poux qui comblera son c\u0153ur n\u2019est pas encore achev\u00e9e. Et tout naturellement le dialogue avec celui qu\u2019elle reconna\u00eet comme proph\u00e8te s\u2019ouvre sur la question du v\u00e9ritable culte \u00e0 rendre \u00e0 Dieu, <em>en esprit et en v\u00e9rit\u00e9<\/em> (Jn 4, 23). Insensiblement, J\u00e9sus s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par le dialogue avec la Samaritaine comme son <em>baal<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la fois son mari (le septi\u00e8me, chiffre de l\u2019accomplissement) et son Dieu. Il a su conjuguer la compr\u00e9hension vivante de la Tradition et la connaissance du c\u0153ur de la Samaritaine (cf. Jn 2, 25\u00a0: <em>il n\u2019avait pas besoin qu\u2019on lui rend\u00eet t\u00e9moignage d\u2019aucun homme\u00a0; car il savait lui-m\u00eame ce qui \u00e9tait dans l\u2019homme<\/em>) pour faire \u00e9merger son d\u00e9sir le plus profond et l\u2019orienter vers Dieu, qui l\u2019appelle et l\u2019attend.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est \u00e0 ce dialogue que Dieu appelle sans cesse son peuple dans l\u2019Ancien Testament, lui rappelant sa fid\u00e9lit\u00e9 et le sens de sa vocation. <em>Venez et plaidons\u00a0! dit l\u2019\u00c9ternel. Si vos p\u00e9ch\u00e9s sont comme le cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige\u00a0; s\u2019ils sont rouges comme la pourpre, ils deviendront comme la laine <\/em>(Is 1, 18). Quand Isra\u00ebl s\u2019\u00e9gare, se perd dans ses d\u00e9sirs, se consacre aux idoles, le Seigneur vient non pas pour s\u2019imposer \u00e0 lui par la force, mais pour l\u2019appeler \u00e0 \u00e9changer, comme dans le c\u00e9l\u00e8bre passage d\u2019Os\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px;\"><em>C\u2019est pourquoi voici, je veux l\u2019attirer et la conduire au d\u00e9sert, et je parlerai \u00e0 son c\u0153ur. [\u2026]\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px;\"><em>En ce jour-l\u00e0, dit l\u2019\u00c9ternel, tu m\u2019appelleras\u00a0: Mon mari\u00a0! et tu ne m\u2019appelleras plus\u00a0: Mon ma\u00eetre\u00a0!<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px;\"><em>J\u2019\u00f4terai de sa bouche les noms des Baals, afin qu\u2019on ne les mentionne plus par leurs noms.\u00a0<\/em><em>[\u2026] <\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 60px;\"><em>Je serai ton fianc\u00e9 pour toujours\u00a0; je serai ton fianc\u00e9 par la justice, la droiture, la gr\u00e2ce et la mis\u00e9ricorde\u00a0; j<\/em><em>e serai ton fianc\u00e9 par la fid\u00e9lit\u00e9, et tu reconna\u00eetras l\u2019\u00c9ternel<\/em> (Os 2, 14.16.17.19-20)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J\u00e9sus est le Verbe incarn\u00e9, interpr\u00e8te l\u00e9gitime de la Loi car Parole vivante du P\u00e8re, celui que les \u00c9critures avaient annonc\u00e9\u00a0: il est donc seul capable de lui donner son ach\u00e8vement vivifiant. C\u2019est cette autorit\u00e9 qui donne vie et fait grandir, une autorit\u00e9 qui se manifeste dans un don d\u2019amour fid\u00e8le, irr\u00e9vocable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus encore, J\u00e9sus accomplit la Loi en sa personne\u00a0: <em>ayant aim\u00e9 les siens qui \u00e9taient dans le monde, [il] mit le comble \u00e0 son amour pour eux<\/em> (Jn 13, 1). Il ne se contente pas d\u2019\u00eatre un exemple, une illustration de la fa\u00e7on de bien vivre les commandements de Dieu. Il conduit la Loi jusqu\u2019\u00e0 son terme, comme r\u00e9v\u00e9lation de l\u2019amour d\u2019un Dieu qui se donne \u00e0 l\u2019homme par amour pour le sauver, scellant de fa\u00e7on d\u00e9finitive ce don sur la Croix. L\u2019autorit\u00e9 v\u00e9ritable est donc celle qui, par amour, ne se contente pas de s\u2019incarner et de donner l\u2019exemple en ouvrant la route\u00a0: elle ne cherche pas \u00e0 se maintenir elle-m\u00eame, elle se livre et s\u2019ach\u00e8ve dans un don total, pour racheter le p\u00e9cheur. \u00c0 toute figure d\u2019autorit\u00e9, il est rappel\u00e9 que<em> celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra \u00e0 cause de moi la trouvera<\/em> (Mt 16, 25).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi seulement l&rsquo;autorit\u00e9 elle-m\u00eame pourra \u00eatre sauv\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Nous appuyons les analyses qui suivent sur le chapitre \u00ab\u00a0Le casse-t\u00eate de l\u2019autorit\u00e9\u00a0\u00bb du livre de Carlos Tinoco, <em>Intelligents, trop intelligents<\/em> (Latt\u00e8s 2014).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019autorit\u00e9 est un concept qui para\u00eet aujourd\u2019hui aussi central que scl\u00e9ros\u00e9. 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