{"id":166,"date":"2013-10-09T13:56:23","date_gmt":"2013-10-09T12:56:23","guid":{"rendered":"http:\/\/lesalternativescatholiques.fr\/?p=166"},"modified":"2019-12-12T16:45:16","modified_gmt":"2019-12-12T15:45:16","slug":"femmes-resistez-aux-laboratoires","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lesalternativescatholiques.fr\/?p=166","title":{"rendered":"Femmes, r\u00e9sistez aux laboratoires !"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><em>Voici un petit article de Marianne, \u00e9tudiante en philosophie et membre des Alternatives Catholiques :\u00a0<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p>Euthanasie, \u00e9cologie, manipulation d&#8217;embryons, transhumanisme. Nous sentons confus\u00e9ment qu&rsquo;un lien t\u00e9nu mais n\u00e9cessaire unit ces sujets, qui jette une lumi\u00e8re ombrageuse sur l&rsquo;avenir. Nous savons bien que notre temps a un probl\u00e8me avec le vivant, comme tous ceux qui l&rsquo;ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 sans doute, mais appuy\u00e9 cette fois sur une ma\u00eetrise technique qui rend dangereux le moindre contre-sens sur ce qu&rsquo;est la vie, ses limites, ses fragilit\u00e9s. Et pourtant, parler de \u00ab\u00a0ma\u00eetrise technique du vivant\u00a0\u00bb para\u00eet insuffisant pour rendre compte du malaise g\u00e9n\u00e9ral qui entoure notre conception de la vie.<\/p>\n<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0 \u00a0 \u00a0 Une brusque illumination sur ces questions m&rsquo;est venue de la lecture de Descartes. Vous me pardonnerez donc un petit d\u00e9tour par la philosophie classique. Il s&rsquo;agit en effet pour Descartes de ne comprendre le vivant qu&rsquo;\u00e0 partir de ses manifestations ext\u00e9rieures. Pour \u00e9laborer une r\u00e9elle science du vivant, il est n\u00e9cessaire d&rsquo;abandonner les causes occultes et autres fantasmes m\u00e9di\u00e9vaux pour ne consid\u00e9rer que ce qui se donne \u00e0 voir dans l&rsquo;observation. Or ce que l&rsquo;on voit, c&rsquo;est un m\u00e9canisme, c&rsquo;est-\u00e0-dire du non-vivant. Quel sera alors le crit\u00e8re de la vie pour Descartes ? La raison, et la raison seule. Or, comment savoir si la personne en face de nous est raisonnable, c&rsquo;est-\u00e0-dire vivante ? Nous ne pouvons avoir acc\u00e8s \u00e0 la vie d&rsquo;autrui que par les manifestations ext\u00e9rieures de sa raison. En d&rsquo;autres termes, si l&rsquo;\u00eatre qui est en face de nous est incapable d&rsquo;interaction raisonnable, alors cela signifie non seulement qu&rsquo;il est priv\u00e9 de raison, non seulement qu&rsquo;il n&rsquo;est pas humain, mais surtout qu&rsquo;il n&rsquo;est pas m\u00eame vivant. (Je vous revoie pour cela au tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bre passage de la IV\u00e8me partie du <i>Discours de la M\u00e9thode <\/i>sur l&rsquo;\u00e2me des b\u00eates).<\/p>\n<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0 \u00a0 Je ne peux donc consid\u00e9rer comme vivant qu&rsquo;un \u00eatre qui se manifeste comme \u00eatre de pens\u00e9e. C&rsquo;est l\u00e0 l&rsquo;envers n\u00e9cessaire du m\u00e9canisme, c&rsquo;est-\u00e0-dire de toute science exp\u00e9rimentale du vivant. Vous commencez \u00e0 voir, j&rsquo;imagine, le lien qui se dessine avec l&rsquo;actualit\u00e9 qui nous pr\u00e9occupe. Si l&rsquo;\u00eatre en face de moi ne peut tenir le langage de la raison, alors il est d\u00e9chu du statut m\u00eame de vivant : il est euthanasiable, exploitable, manipulable. Mieux : parce que la vie n&rsquo;est que raison, alors substituer le calcul technique et rationnel \u00e0 l&rsquo;engendrement et \u00e0 la mort al\u00e9atoires, c&rsquo;est rendre au vivant sa dignit\u00e9 de pens\u00e9e, de raison, et <i>in fine<\/i>, de technique. Fabriquer un homme est plus digne de la vie que de livrer sa conception aux hasards de la nature. Euthanasier un t\u00e9trapl\u00e9gique, c&rsquo;est rendre hommage \u00e0 la vie qu&rsquo;il n&rsquo;a plus en lui permettant de faire preuve, une derni\u00e8re fois, de rationalit\u00e9. N&rsquo;est vivant que ce qui pense, n&rsquo;est digne de la vie que ce qui est rationnel. Adieu surprise de la naissance et d\u00e9chirement de la mort, adieu \u00e9merveillement b\u00e9at devant ce qu&rsquo;on ne ma\u00eetrise pas : tu seras une machine ou un cerveau, mon fils, tu seras quelque chose qui calcule, ou qui est calcul\u00e9. C&rsquo;est l\u00e0 l&rsquo;envers de la technique, c&rsquo;est la ran\u00e7on \u00e0 payer pour vos I-Phones.<\/p>\n<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0 \u00a0 Parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a nul degr\u00e9 entre la pens\u00e9e et la machine, il n&rsquo;y a nulle nuance entre le respect infini accord\u00e9 \u00e0 la volont\u00e9 du moindre \u00eatre humain, et le m\u00e9pris sans fond conc\u00e9d\u00e9 \u00e0 tout ce qui ne pense pas, \u00e0 tout ce qui ne pense pas encore, \u00e0 tout ce qui ne pense plus. C&rsquo;est pourquoi, devant la volont\u00e9 du moindre petit moi, rien ne peut r\u00e9sister : nul grabataire, nul \u00e9cosyst\u00e8me, nul embryon, nul enfant.<\/p>\n<\/p>\n<p>\u00a0 \u00a0 \u00a0 La v\u00e9rit\u00e9 est que l&rsquo;homme a toujours \u00e9t\u00e9 terroris\u00e9 par ce qui fait la sp\u00e9cificit\u00e9 de la vie, par ce qui rend la moindre souris plus fascinante que n&rsquo;importe quelle machine : la capacit\u00e9 d&rsquo;engendrement. Il est \u00e0 noter, par ailleurs, que Descartes n&rsquo;aboutit \u00e0 sa th\u00e9orie qu&rsquo;en \u00e9cartant explicitement la question de la g\u00e9n\u00e9ration de son questionnement (voir les premi\u00e8res pages du <i>Trait\u00e9 de l&rsquo;Homme<\/i>). Et notre monde meurt de cette ignorance. Nos anc\u00eatres ont v\u00e9n\u00e9r\u00e9 d\u00e8s l&rsquo;origine des statuettes de femmes girondes, d\u00e9esses de la fertilit\u00e9. C&rsquo;est sous le visage d&rsquo;une femme qu&rsquo;ils adoraient la m\u00e8re nature ; et sous ses traits, c&rsquo;\u00e9taient les myst\u00e8res de la vie et de la g\u00e9n\u00e9ration qu&rsquo;ils cherchaient \u00e0 conjurer (voir Beauvoir, <i>Le Deuxi\u00e8me sexe<\/i>, tome I, deuxi\u00e8me partie). Un homme est \u00e0 la charni\u00e8re des anciens cultes et de la nouvelle technique : c&rsquo;est Pygmalion. En cr\u00e9ant Galat\u00e9e, cette statue de femme qui devait prendre vie sous ses yeux, Pygmalion devenait le mod\u00e8le de tous les hommes, je dis bien les <i>hommes,<\/i> qui \u00e0 sa suite voudront conjurer le myst\u00e8re du vivant en fabriquant des machines infernales, des chim\u00e8res, des clones, et autres fant\u00f4mes de Frankenstein. Je ne peux m&#8217;emp\u00eacher de penser que tout cela manifeste une secr\u00e8te jalousie, \u00e0 moins que ce ne soit une stupide ignorance, des hommes envers les femmes qui peuvent porter la vie, les femmes qui ressentent en leur chair qu&rsquo;elles ne sont ni une machine ni une pure pens\u00e9e. Pourrait-on aller plus loin en cherchant ici la raison pour laquelle on s&rsquo;est toujours moqu\u00e9 de la pr\u00e9tendue irrationnalit\u00e9 f\u00e9minine ? Irrationnalit\u00e9 apparente de cette vie que l&rsquo;on ne peut ma\u00eetriser, de cette vie qui se manifeste en amont de toute pens\u00e9e, qui n&rsquo;est ni la sp\u00e9culation inoffensive des anges, ni la rationalit\u00e9 rassurante des machines.<\/p>\n<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0 \u00a0 Il y a l\u00e0 un combat \u00e0 mener, sur deux fronts, pour la reconnaissance de la sp\u00e9cificit\u00e9 du vivant, et, \u00e0 travers lui, pour la reconnaissance de la sp\u00e9cificit\u00e9 de la femme. Il ne faut pas lutter <i>contre<\/i> l&rsquo;euthanasie, la PMA, la manipulation des embryons ou le transhumanisme. Il faut d\u00e9fendre la vie comme engendrement, et la femme comme m\u00e8re. Et, plus profond\u00e9ment, il faut refuser de r\u00e9duire la vie \u00e0 ce qui peut se manifester \u00e0 nos yeux grossiers, paroles savantes\u00a0 ou engrenages m\u00e9caniques. Dans le coma je ne parlerai plus, dans le ventre de ma m\u00e8re, je ne parlais pas encore ; il est en moi une germination silencieuse qui ne se manifeste pas, mais que tous les savants fous n&rsquo;auront de cesse de faire taire, en tentant de la reproduire. Femmes, r\u00e9sistez aux laboratoires : en vous fermentent toutes leurs r\u00e9futations.<\/p>\n<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0 \u00a0 Je terminerai par l\u00e0 o\u00f9 j&rsquo;ai commenc\u00e9, en citant Descartes, qui formule ainsi cet \u00e9l\u00e9mentaire principe de pr\u00e9caution, qui doit valoir, non seulement pour nos amis les b\u00eates, mais pour tous les morts en sursis, futurs euthanasi\u00e9s, futurs avort\u00e9s, futur mat\u00e9riel de laboratoire : \u00ab\u00a0Cependant, quoique je regarde comme une chose d\u00e9montr\u00e9e qu&rsquo;on ne saurait prouver qu&rsquo;il y ait des pens\u00e9es dans les b\u00eates, je ne crois pas qu&rsquo;on puisse d\u00e9montrer que le contraire ne soit pas, parce que l&rsquo;esprit humain ne peut p\u00e9n\u00e9trer dans leur coeur pour savoir ce qui s&rsquo;y passe.\u00a0\u00bb (Lettre \u00e0 Morus du 5 f\u00e9vrier 1649)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici un petit article de Marianne, \u00e9tudiante en philosophie et membre des Alternatives Catholiques :\u00a0 Euthanasie, \u00e9cologie, manipulation d&#8217;embryons, transhumanisme. 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